C’est décidé je change de vie.


C’est décidé je change de vie : j’accepte enfin de devenir celle que je suis vraiment. J’arrête de lutter contre ma véritable identité, celle que je refoule tant.

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Oui j’ai échoué aux portes d’entrées de sciences po. Non je n’ai pas poussé celles de la prépa littéraire qui avaient accepté de me recevoir. Oui, j’ai renoncé à mon rêve d’intégrer une école de journalisme. J’ai délibérément choisi de m’installer sur les bancs de la fac. C’était gratuit. C’était facile. J’avais trouvé un cursus qui, à défaut de pleinement me satisfaire, pourrait éventuellement apaiser partiellement ma soif inextinguible d’apprendre. Mais là encore je me suis trompée et suis naïvement tombée dans le piège immense de la grande maison ouverte à tous qu’est l’université. Je n’ai pas assouvi mon appétit de nourritures intellectuelles qui m’auraient permis d’accepter de patienter deux années avant d’entreprendre un cursus davantage orienté vers le domaine qui me passionne, j’ai été gavé d’heures interminables de cours en amphithéâtre surchargés. Écœurée. Je sens encore les migraines carabinées qui me martelaient le crâne lorsque je finissais ma journée après six heures enfermée avec les quatre cent autres prisonniers dans la caverne qui s’agitaient dans tous les sens, qui parlaient par dessus le professeur qui, lui-même, vociférait dans son micro pour couvrir les bavardages des ces élèves inattentifs. Je croyais que ce cursus – Lettres, Edition, Media et audiovisuel -me permettrait de mettre un orteil dans l’univers du journalisme afin de me permettre d’accomplir mon rêve, à savoir, devenir la Oprah Winfrey française, en acquérant quelques bases que je compléterais ensuite par une école davantage axée sur les médias, mais en réalité, sur les vingt heures de cours qui étaient dispensées, seules deux d’entre elles étaient consacrées aux médias versus dix-huit aux lettres. C’était comme boire de l’eau pour calmer une envie de chocolat. Incomparable. Frustrant. Décevant. Ma vie d’étudiante n’avait rien de trépidant et chaque cour auquel je me rendais pour apprendre la grammaire française, l’alphabet phonétique ou l’origine de la langue (langue d’Oc, langue d’Oil, et patois compris) était un supplice, in précipice dans lequel je me laissais tomber sans résister parce qu’il FALLAIT remplir mes journées. Parce qu’il est mal vu, à dix-neuf ans, d’arrêter ses études. Parce que c’est du « gâchis » de ne pas faire d’études quand on est « une brillante élève comme vous. » Parce qu’il faut passer par là, par ce temps transitoire, avant d’accéder à ce qui nous plait vraiment.
Mouais.
Pourtant moi j’en connais des jeunes de mon âge qui ne subissent pas autant que moi leurs études. Pourtant moi j’en connais des étudiants qui ont trouvé la voie qui leur plait après le bac et qui, après toutes ces années de collège et de lycée à avoir subi leur scolarité, poursuivent enfin leur chemin sur les rails de l’épanouissement.
Alors je veux bien entendre qu’il est difficile de savoir précisément ce qui nous plait quand on est aussi jeunes que nous. Je veux bien comprendre qu’il n’est pas facile de faire les bons choix du premier coup. Qu’il faut essayer et se tromper pour éliminer et savoir ce qui ne nous plait pas, à défaut de trouver le métier de nos rêves.
Mais moi, je suis impatiente, c’est comme ça. Et j’ai suffisamment attendu sagement que ces douloureuses années au lycée se terminent enfin pour ne plus avoir envie de poursuivre encore, au minimum deux ans, à l’université dans une filière qui ne me satisfait pas pleinement. Deux ans, ce n’est pas grand chose allez-vous me dire – c’est d’ailleurs ce qu’ils m’ont dit. Mais deux ans c’est déjà trop. Combien de temps vais-je encore devoir attendre avant de commencer véritablement à faire ce qui me plait vraiment ? Durant combien de temps va-t-il encore falloir que je repousse mes aspirations, que je refoule mes ambitions. Mes projets n’en peuvent plus d’être contenus. Je les ai tellement étouffés, cela fait si longtemps que je les peaufine, les affine comme on me l’a demandé pour patienter avant de pouvoir leur donner vie, qu’ils vont finir par être flétris ou se faner d’asphyxie. Et quand bien même j’aurais eu la patience d’attendre encore en continuant de me rendre à la fac, en me disant que ce n’était qu’un passage, pas franchement un raccourci mais à tout le moins, un moyen d’accès pour ensuite rejoindre l’itinéraire le plus direct, le plus court vers la destination de mon épanouissement, je n’avais tout simplement plus la force physique nécessaire. Car il en faut de l’énergie pour monter les escaliers du métro. Ceux de la fac. Aller d’une salle à une autre. Se concentrer pour suivre les cours. Et cette énergie je ne l’ai pas. Alors à quoi bon continuer à dépenser du carburant quand le réservoir est vide si ce n’est pour abîmer davantage mon carosse déjà bien cabossé ? Inutile. Vain. Et surtout incompatible avec tous les efforts que je fais pour remettre sur pied – euh… sur roue – mon petit bolide qui ne demande qu’à s’élancer sur la piste de course. J’ai besoin de moteurs, de sources de motivation qui me donnent envie, qui me motivent à continuer d’avancer. Or la perspective d’aller à l’université n’est non seulement pas un objectif suffisamment satisfaisant parce que je sais qu’il ne me permettra pas d’accéder à mes rêves mais surtout les déplacements que mes cours occasionnent ne représentent pour moi qu’un moyen de perdre du carburant. L’équation n’était pas cohérente. Perte d’énergie. Perte d’envie. C’est tout juste si je n’ai pas également été dégoûtée de ce qui était originellement mon plus grand moteur, mon plus grand sauveur : l’apprentissage. Puissante désillusion. Immense frustration. Il fallait que je cesse de pousser le carrosse dans le sens contraire au souffle de l’air. Soit j’attendais que le vent se calme et soupire moins intensément en restant sagement à patienter à l’université, soit je reprenais les rênes de ma destinée. J’ai décidé d’atteler mes chevaux, de changer de direction et de m’élancer sur cette route, certes obscure, caillouteuse et inconnue de Google Maps, mais qui a le mérite de potentiellement nous orienter par balises successives jusqu’à la destinée que l’on a choisie comme ligne d’arrivée de notre bonheur.
Mieux vaut-il ne pas risquer de faire parce qu’agir est risqué, parce que faire nous confronte au risque d’échouer ou faut-il tout de même prendre le risque de faire avec l’éventualité du risque de gagner ? Que risque-t-on a risquer de gagner ? Moi je crois qu’il faut prendre le risque de se confronter à l’échec quand à l’intérieur même du risque se trouve également la victoire.
C’était la minute philosophique. Promis j’arrête de vous embrouiller le cerveau et de vous perdre dans le labyrinthe de mes idées.
J’ai pris le risque.
Je suis sortie de la caverne.
J’ai arrêté l’université et ce n’est ni un échec, ni un renoncement. Et encore moins une décision subie. Bien au contraire. En disant stop, j’arrête ces études, je crois que c’est le premier véritable choix que je prends pour assurer mon avenir. Et quand bien même certains verraient en l’interruption de mes études l’impossibilité pour moi d’accéder à un avenir digne de ce nom, je leur rétorquerai que bien que la formation universitaire soit rassurante parce qu’elle est censée donner les fondements nécessaires à l’accession à des diplômes à aligner sur un CV, les clés de la réussite ne nous sont pourtant pas fournies sur les strapontins des amphis de la faculté. Il y a bien d’autres moyens de se former, d’apprendre, de recevoir un enseignement que par l’intermédiaire d’institutions. Et à mon sens, les rencontres, les échanges, le partage d’expérience, la découverte de l’autre, de son univers, de ses connaissances sont bien plus enrichissantes et formatrices que n’importe quel enseignement théorique.
Bref. Je ne suis pas allée à l’université depuis six semaines. Et je n’ai presque plus honte de le dire. Car j’ai enfin accepté de renoncer à la conception de la réussite qui m’avait été inculquée : il faut faire de longues et brillantes études pour t’assurer de décrocher un emploi dans une belle et grande entreprise qui te mettra à l’abri du chômage, de la précarité. Tu auras un bon salaire et tu te rendras tous les jours sagement au travail où tu feras des réunions, des présentations que tu énonceras devant ton patron. Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Fin de l’histoire. Mais attendez, une minute ? À la fin de votre conte là, la princesse elle est heureuse au moins ? Euh bin, euh non. On lui a pas demandé et puis on avait pas trop pensé. Bin ouais mais en fait ca pose problème parce que l’objectif de la vie ce n’est pas tant d’avoir une belle situation que d’être épanoui. Alors à quoi bon avoir l’air bien rangé si dans notre tête tout est dérangé ?
Allez hop hop hop ! Au boulot !
Il faut réécrire le scénario !


Une réflexion sur “C’est décidé je change de vie.

  1. C’est un bon début, courage ! Prévoir pour la route du temps à ne rien faire, du silence par paquets, des horizons divers pour voir où ton cœur se met à battre… j’ai trouvé ma vocation vers la trentaine. Tu as toujours plus le temps que tu ne le crois en réalité, mais l’ecoeurement est un bon signe pour aller voir ailleurs, oui. Et au diable les injonctions de la société sur le monde du travail… forge ta propre route, ton propre destin, celui te mettra la banane tous les jours ! ❤️

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