Emotionnez-vous !


De tour temps il n’a jamais fait bon vent de dévoiler ses émotions. Fragilité, vulnérabilité, manque d’assurance, perte de confiance, incapacité à se contrôler… voilà les interprétations de tempérament qui peuvent découler spontanément d’une personne qui manifesterait ouvertement, verbalement comme physiquement, les tourments qui l’agitent intérieurement.

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Sans doute l’expression « se laisser emporter par ses émotions » est-elle liée au fait que ces troubles qui distillent notre âme troublée et qui se traduisent par des manifestations incontrôlées nous conduisent bien souvent à perdre la maîtrise de notre lucidité. Complètement dévasté par un événement qui nous aura affecté, c’est notre capacité réflexive qui en sera altérée jusqu’à un point de non retour où colère incontenable comme désespoir insurmontable ne se contenteront pas de nous traverser mais s’empareront de l’intégralité de notre identité en y apposant un voile de marbre qui épouse chacun des recoins de notre corps. Nous sommes méconnaissables pour nous mêmes car défigurés identitairement par l’armure qui nous enveloppe et repoussants pour les autres qui, effrayés par ce déguisement derrière lequel s’est évaporé ce qu’ils connaissaient de notre personnalité, préfèrent nous fuir ou nous rejeter ne sachant pas comment atteindre et réchauffer notre âme, pure et raisonnable, enfouie, engloutie par ces émotions glaciales qui nous rendent impénétrables. Dans quel caverne nous sommes nous séquestré quand nos émotions se sont superposées à notre âme lucide et clairvoyante ?

Ce n’est pas tant notre corps qui est emporté que notre âme qui est chamboulée.

Mais alors que faire de ces sursauts par lesquels nous sommes traversés s’ils sont si malvenus et tant condamnés par la société qui, plutôt que de les accueillir pour les apaiser, s’applique à les refouler, nous laissant, dans un cas comme dans l’autre, frustré de n’avoir pu les exprimer par peur non seulement pour nous mêmes de ne pas les maîtriser mais surtout auprès des autres, d’y être réduit, d’en être jugé ?

Car c’est bien ce « qu’en dira-t-on ? » que l’on craint. Ce « que va-t-on penser de moi ? » qui nous incite à ne pas laisser s’exprimer dans toute leur intensité les mouvements qui nous transportent, à étouffer dans notre cœur les passions qui le pénètrent.

Il m’arrive fréquemment d’être tiraillée entre ces deux tentations : prendre le risque d’exprimer mes émotions en les extériorisant pour libérer dans mon corps et mon esprit la place incommensurable qu’elles occupent, et ce, quitte à être rejetée, jugée voire condamnée pour m’être laissée déborder ou bien les réfréner, les enchainer au pied d’un rocher, les enfouir dans un terrier, pour d’une part, faire bonne figure en ne montrant pas le second visage que je peux arborer lorsque je suis fardée par mes agitations parfois défigurantes, et d’autre part, me préserver car je ne sais pas toujours non plus le tournant que peuvent prendre ces emportements, les décisions qu’ils m’incitent à prendre me conduisant parfois à adopter des comportements risqués.

Ne sachant que choisir, ne pouvant déterminer laquelle me fera le moins souffrir et me permettra surtout d’accéder à l’ataraxie que je m’efforce d’atteindre et qui oriente chacun des accomplissements de mes journées, je me résous bien souvent à prendre un chemin qui me détourne de mon objectif, de ma destination finale, de mon bonheur suprême, peut-être infranchissable. Et c’est bien malgré moi que je fais le choix de contenir les secousses qui agitent mon âme, de jeter de la glace pilée sur les flammes du volcan de mon coeur qui embrasent mon âme.

Mais depuis quelques temps j’ai changé de stratégie. Force était d’avouer que je souffrais en toutes circonstances, parce qu’en me brimant c’était mon identité que je désapprouvais, j’ai laissé les mouvements de mon âme prendre une orientation différente de celle que je leur imposais depuis toutes ces années. Ce fut éprouvant et périlleux de changer un mécanisme qui était profondément ancré et je me suis même demandé si j’allais véritablement y trouver un quelconque intérêt, car après tout, n’était-ce pas confortable d’en être anesthésiée de ces émotions qui jusque là avaient été des armes de destruction, des outils de torture, utilisés par autrui pour me rabaisser, pour affirmer sa supériorité en assommant ma vulnérabilité ?

Mais finalement, je me suis aperçue que mes peurs étaient purement infondées. Comme bien souvent. Elles n’avaient fait que s’accroitre avec le temps et s’amplifier à force d’être recouvertes, tues, contestées. Alors j’ai essayé. Juste une fois. Pour voir ce que ça donnait. Pour expérimenter ce que ça faisait que d’ouvrir le couvercle du chaudron magique des émotions dans lequel la magie et l’âme agit, opère. Il y a eu quelques bulles qui sont remontées à la surface. Alors j’ai touillé avec ma spatule en bois pour freiner les remous, j’ai baissé un peu le feu pour ne pas que la potion brûle au fond de la marmite, j’ai approché mon nez, quelque peu reticente et en faisant la grimace, mais à ma grande surprise, aucun crapaud n’en est sorti. Rassurée, j’ai retiré le couvercle et me suis même autorisée à y plonger le bout de mon doigt pour goûter si la saveur satisfaisait mes papilles. Je craignais que le goût de la potion de mes émotions se soit altéré depuis le temps que je n’avais pas entrouvert la marmite pour y jeter une pincée de sel. La recette était parfaite. Il ne me restait désormais plus qu’à la dévoiler aux autres en leur faisant goûter maintenant que je m’étais prouvé que je n’avais aucune raison de craindre mes débordements. Allaient-ils l’aimer ? Allaient-ils m’aimer ? Malgré les petits morceaux pas moulinés ? Malgré mes aspérités qui témoignent que ma personnalité n’est pas si lisse qu’elle n’y parait ?

Devinez quoi ? Ils l’ont adorée ! Ils m’ont appréciée ! Ils ont même demandé à ce que je remplisse une seconde fois leur bolinette de ce délicieux velouté ! Ils ont même eu envie que je me dévoile davantage en passant plus de temps en leur compagnie !

N’ayons plus peur de les laisser jaillir, ces émotions tant décriées, car après tout, nous nous dévoyons vraiment de qui nous sommes intrinsèquement lorsque nous contenons nos émotions.

Résister à nous même, refouler notre besoin de nous exprimer, c’est comme ravaler l’envie d’un carré de chocolat : elle devient irrésistible, grossit, s’amplifie et là où nous ne désirions initialement qu’un petit carré, c’est toute la tablette qui finira par y passer !

Quel risque encoure-t-on à extérioriser nos émotions si ce n’est de liquider la boîte de Kleenex après une grosse crise de larmes ou finir avec une extinction de voix après une explosion de colère ? Rien de bien dangereux, rassurez-vous. Rien en tout cas qui ne videra votre compte en banque, vous fera perdre votre boulot ou votre maison. Votre chien sera peut être un poil traumatisé mais jusqu’à preuve du contraire, aucun animal n’est décédé d’une crise cardiaque après que son maître ait aboyé !


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