Le scotch du choc.


Comment retrouver la légitimité de s’exprimer quand après avoir eu la bouche scotchée pendant des années il n’y a plus rien qui nous la maintient fermée ?
Je me suis sentie sale. J’ai eu honte. J’ai pensé en parler aux grands. A aller voir la maîtresse, ou ma maman. Mais si les autres enfants à l’école l’apprenaient ils me traiteraient de balance, de rapporteuse. Quant aux grands, aux prétendus protecteurs, quelles preuves aurais-je pour témoigner des faits, sérieux et graves, que je leur dévoilerais ? Ma parole seule ne suffirait jamais à attester des violences que j’aurais prétendu subir. Parce que l’on ne sait jamais trop si l’on peut croire un enfant qui raconte parfois des bêtises, non pas pour mentir, mais juste pour participer à une conversation dont il se sent exclu, pour se donner de l’importance en ayant l’air intelligent. Un enfant qui a besoin d’attention peut bien inventer la vérité la plus joliment déguisée pour revêtir le masque d’un savant. Mais cette fois-ci je n’aurais pas menti. Si seulement je l’avais dit.
Mais cette fois-ci je ne voulais pas parler pour que l’on s’intéresse à moi. Je voulais dire la vérité pour que l’on me délivre de l’effroi.
J’aurais voulu, avec la lucidité que j’aie aujourd’hui, avec ma maturité de jeune fille, penser que je souffrirai bien moi des moqueries à l’école que de l’enfer quotidien que je subissais dans l’ombre.
Mais je n’ai pas eu le recul nécessaire pour sortir de cette chambre en courant et m’échapper
J’ai pensé que l’on ne me croirait pas, que d’un revers de la main, on me dirait que l’on ne plaisante pas avec ces sujets là, qu’il faut que je retourne jouer avec les enfants de mon âge.
Mais moi c’étaient eux que je craignais. Parce que ce sont eux qui m’ont blessée.
Mais moi c’était avec eux que je ne voulais plus jouer. Parce que j’en avais marre d’être violée.
Je n’ai rien dit. Parce que tous, petits et grands, m’imposaient, d’une manière ou d’une autre, de me taire.
Les uns me mettaient leur sexe dans la bouche pour étouffer les mots de désespoir qui en sortiraient. Les autres, à trop souvent m’accuser d’extrapoler les faits, d’être toujours dans les excès, m’avaient fait perdre la confiance et la sécurité que j’aurais dû pouvoir trouver auprès d’eux.
Alors j’ai attendu en silence que le destin m’offre une quelconque forme de délivrance.

La nuit étoilée était comme un exil inespéré au milieu mes rêves émiettés par la cruauté de mon esprit égratigné.

Mais j’ai tenu bon. J’ai résisté. Longtemps. Plusieurs années.
Temps gâché, enfance saccagée.
Et quand enfin la vie m’a offert la possibilité de me séparer définitivement de ce bourreau qui s’était, des années durant, malicieusement acharné, j’ai trouvé le moyen de le remplacer par un monstre perfide tout aussi insidieux si ce n’est plus qui m’éventrait de l’intérieur.
La source de mon mal-être ne m’était plus imposée par un tortionnaire extérieur mais bien par ce qu’il y a de plus inhumain : moi-même. J’étais devenue mon seul et propre tyran.

Que faire de tout ça ? Que faire quand le scotch ne colle plus ? Que même les cicatrices ne brûlent plus ?


4 réflexions sur “Le scotch du choc.

  1. « Que faire de tout ça ? Que faire quand le scotch ne colle plus ? Que même les cicatrices ne brûlent plus ? »
    Et pourquoi ne pas essayer de vivre, tout simplement ? Si facile à dire mais pourtant si dur à mettre en pratique, j’en suis consciente mais comme dirait Guillaume Apollinaire « Il est grand temps de rallumer les étoiles » (j’adore cette phrase, ce ne sont que des mots mais qu’est ce qu’ils peuvent me toucher)

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  2. Alexia,bonsoir;je m’appelle Catherine;j’ai connu ta sublime maman lors d’un stage reiki chez Sabine.Tes une superbe jeune femme et tes écrits me touchent profondément.T as du courage et ca te rend encore plus belle.Tu vas guérir!Tu as déjà fait le plus dur du chemin.Je t’embrasse.Catherine

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    1. Bonjour Catherine,
      Merci pour ce petit mot et pour l’espoir que vous m’insufflez.
      J’espère que votre pratique du Reiki vous permet de partager le meme apaisement que celui que ma maman m’offre en me massant.
      Avec toute ma tendresse,
      Alexia

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