Jour trois – observation curieuse, attention silencieuse.


Depuis quelques semaines mon psy me parle du phénomène d’introversion / extraversion sur lequel il aimerait que je travaille et surtout que je mette en pratique au quotidien.
Je pourrais vous raconter longuement en quoi consiste ce système de défense que Jung, le médecin psychiatre suisse au XIX ème siècle et que j’ai adopté pour me protéger mais je ne suis déjà pas très à l’aise à l’idée que le cinquième mot de ce billet commence par l’évocation de mon thérapeute. Allez savoir pourquoi, le fait de « voir quelqu’un » s’apparente quasi inéluctablement à un sujet tabou qu’il est préférable d’éluder en société. La preuve étant que l’on tend à rendre anonyme ce quelqu’un dont il ne faut pas prononcer le nom. Passons donc l’étape du psy, mettons-le sous le tapis. Je rigole intérieurement – vous en feriez de même en vous représentant l’image de mon psy : l’agilité d’Usain Bolt, la chevelure de Belmondo, la carrure de Chabal et l’accent de Tchekov, caché sous un tapis ! Pas vraiment passe partout, je vous le concède ! Tout compte fait, ce n’est pas tant sa corpulence que cet accent à couper au couteau qu’il serait difficile de ne pas remarquer. Planquons-le plutôt dans un placard ou derrière une armoire avec du scotch sur la bouche, l’illusion qu’il n’existe pas sera davantage plausible ! Finies les présentations avec cet homme dont votre esprit imaginatif se sera chargé de dessiner les traits, passons à la théorie que j’évoquais. Il y a donc quelques temps, le drôle de spécimen dont je viens d’essayer de vous dresser le portrait m’a invitée d’abord à réfléchir à mon introversion persistante et handicapante en société, puis ensuite à agir pour lutter contre cet aspect de mon comportement qui me condamne à un repli sur moi-même et une fermeture au reste du monde. Toute la difficulté réside dans l’effort insurmontable que me demande l’extirpation de ma carapace, la sortie de mon monde intérieur, la descente de ma vertigineuse tour d’ivoire. Cela peut sembler vraiment abstrait simplement énoncé de la sorte mais en réalité, ce n’est ni compliqué à comprendre ni difficile à observer. Car nous sommes tous défini plus ou moins par ces deux aspects là, d’interiorité et d’extériorité, à la fois au sein de nos interactions avec la société, sur notre lieu de travail ou en famille lorsque l’on échange avec autrui, mais aussi et surtout avec notre moi profond, celui qui est justement canalisé, intégré et théoriquement unifié à notre propre identité. Depuis que je m’observe agir je peux aisément et concrètement distinguer ces deux niveaux à chaque moment de la journée et en fonction de mes activités – c’est d’ailleurs assez perturbant et étrange que de se regarder depuis un observatoire intérieur avec un œil distancié et extérieur, comme si mes yeux se décuplaient pour se dresser devant moi et analyser mes faits et gestes, non pas obstinément et avec voyeurisme mais simplement pour m’aider à travailler sur cet aspect qui est, avant d’être protecteur, dangereusement contraignant et enfermant.
Car s’il peut être confortable, sécurisant et parfois nécessaire de s’abriter temporairement dans un cocon, de recouvrir son corps mais surtout de barricader son mental d’une armure rigide et féroce pour se protéger d’agressions malveillantes et toxiques venant nous attaquer depuis l’extérieur, il faut également avoir la capacité de sortir de cet état de repli, d’ôter les protections de marbre que l’on avait plaquées sur notre peau et qui nous figeaient dans une forme d’absence silencieuse, de calme passible difficilement délaissable. Il faudrait se démomifier pour passer en un éclair d’instant d’un état à un autre, et pour la plupart des gens qui fonctionnent spontanément selon ce mode d’ouverture – fermeture, la conversion ne représente en rien un effort, or pour moi qui suis constamment branchée sur le canal de l’isolement vous n’imaginez pas le supplice colossal, épuisant si ce n’est incommensurable que cela me demande que de m’en extirper pour m’ouvrir à ce monde extérieur tétanisant duquel je m’abrite depuis si longtemps. Mais avant je ne pouvais faire cette constatation, déjà parce que je ne prenais pas le temps de réfléchir à l’impact et au sens de mon action et ensuite parce que comme il est évident que je fonctionne spontanément sur l’introversion, il m’était tout sauf aisé d’en sortir pour observer que le monde qui m’entourait, les gens avec qui j’échangeais étaient foncièrement différents de moi parce qu’eux mêmes sont naturellement enclins à l’extraversion qui m’est purement inconnue ou du moins tellement peu habituelle et si périlleusement accessible. Depuis que j’ai pris l’ascenseur à destination de la terre ferme, vivante et active, je prends un malin plaisir à m’y immiscer silencieusement mais attentivement. Et si je n’ai pas encore pris la résolution de m’y intégrer, je le scrute avec subtile fascination et minutieuse attention. Car si auparavant je devinais sans comprendre, décryptais spontanément les schémas de pensées et les modes d’action des autres, aujourd’hui, je comprends la source de cette compréhension innée car je prends le temps de l’analyser et de la comparer à mon propre mode de fonctionnement. On comprend mieux le monde en pratique qu’en théorie, en allant à sa rencontre plutôt qu’en émettant des suppositions basées sur des connaissances spéculatives et vaseuses. Et j’aime l’observer. J’aime le rencontrer. L’approcher de manière distancée. Je ne regrette pas d’avoir oser prendre l’ascenseur plutôt que les escaliers après être restée si longtemps cramponnée à la rambarde glacée, pétrifiée de vertige en haut de ma caverne. Un petit pas. Puis deux puis trois. Et voilà que je n’ai presque plus peur déjà de sauter à pieds joints dans ce monde que je fuyais il y a seulement un mois !


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