Vous n’osez pas oser


« Vous n’osez pas oser. Vous avez peur de ne pas pouvoir, peut d’être empêchée, peur de manquer, peur d’être seule, peur d’être ridicule, peur du qu’en dira-t-on, peur de tout. »
Voilà donc tout mon problème. Voilà donc tout ce qui entretient mon mal-être. Comment se débarrasser d’un mécanisme de survie qui a été mis en place comme moyen de défense pour lutter contre un traumatisme, une agression, une blessure qui remonte à l’enfance, si ce n’est avant même ma naissance ? J’ai toujours fonctionné ainsi et c’est ce qui m’a permis de me sauver la vie. Pourtant aujourd’hui je sens que ce que je pensais être un mode de vie durable, solide et viable n’est en réalité que la source même de la persistance de ma souffrance. Car si un temps, à un moment, il m’a permis d’exprimer un mal-être profond par l’extériorisation physique et visible de cette souffrance que j’intériorisais dans ma chair, dans mon esprit, dans mon corps, il n’est plus désormais que la barrière férocement indestructible de l’empêchement de la réalisation de mes possibles. Il me retient, il m’étouffe, il m’oppresse et me contraint. Physiquement, intellectuellement, relationnelle ment, tout est conditionné par l’oppresseur que j’ai pourtant un jour choisi comme guide pour orienter ma vie. Parce qu’il arrive que l’on soit tellement perdu dans notre propre existence que les choix que l’on fait nous mènent inconsciemment sur un chemin dont la destination n’est autre que la mort. On ne le sait pas, on ne le veut pas. Les yeux fermés parce que l’on est ébloui, si ce n’est aveuglé, par cette effrayante destinée, on préfère suivre un itinéraire mortel plutôt que de sauter à pieds joints dans le gouffre de la douleur. On s’abrite derrière une armure de fer qui rigidifie notre douceur, qui asphyxie nos émotions mais atténue notre douleur. Même si l’on sait pertinemment que ce n’est pas le vêtement qui nous colle le mieux à la peau c’est, à tout le moins, celui qui nous protège le plus efficacement des coups de la vie que l’on a si longtemps encaissé et subi. Des blessures qui ne cicatrisent plus et qui nous ont déjà tant meurtri. Le corps est anesthésié, le mental prétendument apaisé. Mais ce n’est qu’illusion confortablement installée, soigneusement entretenue, volontiers alimentée.
Jusqu’au jour où l’on en vient à réaliser que notre vie tout entière n’est que le beau et grand spectacle de magie que l’on a méticuleusement mis en scène. Nous qui croyions mener à la baguette chaque tour qui se cache sous notre chapeau pour donner une illusion vraisemblablement parfaite sommes brutalement confronté à l’indubitable réalité : le coup du lapin blanc n’a pas fonctionné. La magie n’a pas opéré. L’animal s’est échappé. Le chapeau était troué.
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Les masques tombent. Les lumières s’allument. Le rideau se lève. Surprise. La salle est vide. Quoi ? Comment ? Il n’y avait donc personne à duper ? Et pourtant le magicien que l’on est s’était longuement préparé à façonner ses (con)tours de magie. Lui-même fasciné par son ingéniosité il se disait que son public n’y verrait que du feu. Mais en voulant provoquer l’étincelle, il s’est brûlé les ailes et a incendié la scène. Éteignez les chandelles. Circulez. Le spectacle est terminé. Il n’y a plus rien à voir, à admirer. Si ce n’est le magicien désillusionné assis sur le plancher grinçant, les bras ballants, le nez plongé dans ses souliers de clowns trop grands. Il réalise subitement qu’il va falloir ôter son déguisement et apprendre à affronter ce que la lumière tamisée de la scène, l’obscurité du spectacle et la magie ténébreuse de l’illusion lui ont permis de fuir durant toutes ces années de tromperie nébuleuse. Parce que finalement, monter sur les planches était un moyen pour lui de réinventer sa vie, de la jouer à sa guise, de l’orchestrer comme bon lui semble. Sans contrainte. Sans jugement. Il donnait à voir ce qu’il choisissait de dévoiler et ne montrait rien de ce qu’il avait décidé d’occulter. Voilà comment il se protégeait d’une blessure qu’il ne pouvait supporter. Car les choses n’existent que si on les rend vivantes. Les choses ne sont explicites que si on les matérialise. Elles ne prennent consistance que si elles passent de pensée silencieuse à corps verbalisé. Autrement, il est très facile de les laisser dans l’ombre. De les cacher dans les coulisses, derrière le rideau. La puissance du silence. Pardonnez-nous mais vous ne figurez pas sur la liste d’invités. Êtes-vous sûrs ? Pouvez vous vérifier à nouveau, j’ai pourtant mon mot à dire. Assurément. Veuillez passer votre chemin. Bon, très bien, puisqu’il faut se taire, dissimuler. Puisque vous me le demander. Il serait sans doute trop risquer d’employer de mots pour les dévoiler à un public qui serait inexorablement offusqué d’apprendre qu’il existe une autre vérité que leur réalité aux contours bien dessinés. Et quand bien même on leur montrerait, on leur dirait, peut-être trouveraient-ils encore le moyen de s’en protéger en refusant de les considérer comme vraies. Comme un pacte de dupes signé de la salle à la scène, entre le le show-man et ses fidèles. Confortable pour les deux parties, les uns n’ont accès qu’aux fragments d’une réalité pas trop effrayante, l’autre se donne en spectacle sous son jour le plus éblouissant. L’illusion fonctionne à merveille. Mais il a trébuché. Comment va-t-il retrouver l’élan pour rebondir et écrire un nouveau scénario alors qu’il tire les ficelles de cette marionnette qu’il n’a eu de cesse de façonner, d’améliorer, de peaufiner depuis tant d’années, si ce n’est depuis qu’il est né et a compris qu’il lui faudrait se protéger du danger potentiel auquel il serait vite confronté s’il ne faisait pas preuve de vigilance. Il lui faut pourtant déjà se relever. Il ne peut se laisser aller à ses effroyables pensées qui l’invitent généreusement à crouler sous le plancher, à se dissimuler sous la scène, à disparaitre dans les profondeurs. Il faut au contraire qu’il saute à pieds joints dans les flaques de sa vie qu’il a soigneusement évité toute ses années pour ne pas se mouiller. Ne pas avoir peur de l’inconnu. Oser sortir dehors et aller à la rencontre des imprévus. Et si l’orage gronde, et si des grosses gouttes de pluie tombent, il n’aura plus peur d’être éclaboussé parce qu’il se rendra compte qu’il existe des tas de moyens extérieurs de se protéger de ce monde duquel il s’abritait et qui l’effrayait : mettre sa capuche, rentrer dans un café, ouvrir un parapluie…

Ou bien fermer les yeux. Et accepter. Ne plus fuir. Parce qu’il n’y a pas de danger. Le seul véritable risque était de rester emmuré dans cette boite noire de quelques centimètres carrés. Cette boite noire qui bientôt serait creusée dans les profondeurs de la terre s’il continuait à s’enfermer, à se condamner, à refuser de s’ouvrir au merveilleux monde qui était juste là mais à contre courant duquel il s’appliquait à avancer.
Lâcher-Prise ce n’est ni perdre le contrôle, ni renoncer.
Lâcher-Prise c’est accepter ce que l’on ne peut changer et persévérer dans ce que l’on peut et veut impacter.
Il n’y a d’autres barrières que celles dans lesquelles on choisit de rester confiné. Il ne tient qu’à nous de les abaisser et de commencer enfin à vivre en étant affranchi de notre petit Mao qui dirige notre grand Moa. Cesser la lutte car la vie, la vraie, c’est d’apprendre à l’aimer.

2 réflexions sur “Vous n’osez pas oser

  1. Lorsqu’on s’abandonne on libère le meilleur de soi. L’abandon amène à l’abondance qui te fera être source, source pour toi, pour les autres .. Un petit peu au départ puis chaque fois un peu plus pour devenir une belle rivière , la belle rivière que tu es Alexia. Doux baisers

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  2. Chère Alexia,

    Voila maintenant plusieurs mois que je lis tes récits, tes poèmes, ta vie.

    Jusqu’à présent, je n’ai jamais pris le temps de prendre le temps. Le temps de laisser un message : mais quel message ? Encouragement ? Admiration ? Espoir ?
    Peut-être par crainte de me dévoiler et d’avouer mes ressemblances avec ce que tu es.
    Bref, aujourd’hui je saute le pas.

    Je me retrouve de mille et une manière dans tes propos, tes mots (maux).
    L’écriture délivre, libère, soulage. Mon « journal intime » lui-même supporte toutes mes craintes, mes peurs, mes déceptions…
    Mais au-delà de soulager, cet introspection permet de comprendre.

    Tu as une beauté d’expression. Tu as les mots qu’il faut, des mots justes. Ils me touchent profondément et résonnent dans mon esprit, comme une sensation de « déjà vu ».

    Alors Alexia, continue, bats toi, et fait briller nos yeux avec ce don d’expression.

    Amicalement

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