Let it go


Accepter que le monde nous échappe en contrôlant notre vie. Contrôler sa vie pour se protéger du monde qui nous échappe. Tout semble nous glisser des mains. Rien ne semble maîtrisable. Tout nous paraît incertain. Terriblement angoissant ce sentiment que notre destin ne nous appartient. Le temps, les gens, l’argent. Ca s’en va. Ca revient. On ne sait pas quand. Ni combien, ni comment. Faut-il attendre passivement ? Se mobiliser activement ? Face à l’incertitude angoissante on reste parfois paralysé désespérément. Moyen d’expression ou stratégie de défense, d’autres préfèrent abandonner l’idée qu’ils pourront influencer cette fuite inexorable du temps incontrôlable en se tournant vers ce qu’ils peuvent dominer vraiment. Non pas le monde imprévisible dans lequel ils vivent mais chacun des éléments de leur vie qui est conditionné par leur comportement. Ils sélectionnent et trient minutieusement les domaines sur lesquels leurs agissements peuvent avoir une quelconque influence. Moyen concret de se protéger de l’extérieur, d’affirmer sa capacité à se maîtriser de l’intérieur, contrôler sa vie permet de se positionner comme le vaillant dirigeant de sa vie. Un héros. Un acteur. Le principal de cette existence que l’on s’efforce de rendre meilleure. Mais il arrive qu’en voulant tout contrôler de sa vie, qu’en cherchant à se protéger d’un monde entier que l’on pense être notre grand ennemi on risque de tomber dans un extrême irréversible, celui de l’isolement qui finalement nous empêche de vivre épanoui. Tout est placé sous la nécessité de maîtriser. Aucune de nos actions n’est spontanée. À tel point que l’on peut aller jusqu’à y perdre paradoxalement notre liberté tant nous sommes aliénés par cette obsession de ne pas maîtriser ce qu’il peut se passer. Le danger de se piéger est grand car on peut en venir à s’enfermer dans le labyrinthe vertigineux d’un hyper contrôle duquel il est périlleux si ce n’est impossible de s’évader. En se focalisant exclusivement sur ce sur quoi l’on a prise on en oublie la spontanéité possible d’une relation avec autrui. Plus rien n’est naturel et tout doit passer sous le filtre intransigeant d’un contrôle infaillible. Le contrôle que l’on a voulu s’appliquer à nous même, qui aurait A priori aucune incidence sur les autres, se reporte finalement dans nos interactions avec la société puisque devenu rigide à l’extrême à notre propre égard, on devient incapable de différencier les situations dans lesquelles on peut se permettre d’être plus souple de celles dans lesquelles il faut au contraire faire preuve de maîtrise. Contrôle radical, tolérance improbable. Quels sont les champs d’application de notre contrôle ? Dans quels domaines est-il pertinent d’affirmer sa supériorité ? À quels moments est-il approprié de se montrer puissant ?

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L’Homme, perdu dans ce monde étourdissant où il faut se montrer toujours plus fort, supérieur, brillant, intelligent, ingénieux et innovant pour faire face à la concurrence, se replie sur lui-même et quelque peu effrayé cherche à s’agripper à ce qui est à sa portée de manière à se rassurer quant à la place qu’il occupe en société. Ainsi en vient-il à exercer un contrôle des plus drastiques sur son corps, son apparence, ses sentiments, ses émotions de manière à ne laisser apparaître aucune faille qui permettrait éventuellement à autrui de se servir de cette vulnérabilité pour l’attaquer. Tout semble sous contrôle. Rigidité implacable. Tension insoutenable. Le souffle coupé. Il ne faut plus ouvrir la bouche. Ne plus parler. Ne plus respirer. Ne plus manger.

Voilà comment l’on en vient progressivement à s’échapper de la société. A s’en soustraire, s’en effacer. Joie, désespoir, peur, gaieté, les émotions sont devenus comme des coquillages sur le sable mouillé que les rouleaux de vagues veloutés embarquent dans leur valse de va et vient cadencée. Tout est paralysé, anesthésié. Il est devenu impossible pour autrui de les identifier et encore plus pour moi de les laisser émerger. Elles existent bien pourtant mais je ne ressens plus. Elles ne vibrent plus dans mon corps. Elles n’humidifient plus mes yeux. Elles ne papillonnent plus dans mon ventre. Ai-je définitivement perdu mon humanité ? Suis-je devenu insensible pour l’éternité ? Il faut réagir. Les choses peuvent changer. Il ne s’agit malheureusement pas seulement de volonté. Il ne suffit pas de le vouloir pour le pouvoir. Un mécanisme de défense ne s’abandonne pas avec autant de facilité, surtout quand il a nécessité la mise en place d’une stratégie aussi finement aiguisée. Bien au contraire. Nul besoin de se battre, de lutter. Il faut baisser les armes. Cesser d’être dans l’opposition, le conflit permanent avec soi. Lâcher-prise et accepter. Il ne s’agit là ni de soumission et encore moins de résignation mais bien au contraire c’est ici l’opportunité enfin de se libérer de toutes ces appréhensions à cause desquelles le besoin de se protéger a été éprouvé.

Il faut être en paix avec son âme pour vivre en paix avec les Hommes.

N’ayons plus peur d’être qui l’on est. Otons les masques. Dévoilons-nous. Nul besoin de carapace. Oublions les « Qu’en dira-t-on ? » et simplement SOYONS. Ne cherchons plus à rallonger le temps, à façonner des comportements en prévision d’éventuels contre-temps. Laissons-nous aller à la vie et profitons de l’instant présent. Tout simplement. Comme il arrive. Pas autrement. S’il se présente à nous de cette façon c’est qu’il ne doit en être autrement.

Le passé s’est déjà éteint, la lumière du futur est encore trop lointaine pour qu’elle puisse déjà nous éclairer.

Profitons du soleil présent qui scintille dans notre cœur, qui brille au-dessus de nos têtes et laissons-le rayonner dans tout notre être.


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