Et si j’apprenais à m’aimer ? 


Aujourd’hui un garçon m’a souri dans la rue. Il parlait avec un autre homme, le regard hagard, il marchait en suivant ses pieds, sans réfléchir vraiment à la direction dans laquelle il se dirigeait. Sans doute empruntaient-ils un trajet quotidien et récurent. Le genre que l’on effectue quasi instinctivement. Et qui permet de faire plusieurs choses en même temps. Parler, rigoler, faire de grands gestes avec les bras, dépasser les passants qui prennent le temps de flâner plus lentement, et même regarder une jeune fille qui passait par là. Le nez levé à contempler l’environnement autour de moi malgré le rideau de gouttes de pluie qui ruisselait le long de mon corps, à m’émerveiller devant les oiseaux qui, valsant dans le ciel nuageux offraient à ceux qui n’avaient pas les yeux plongés dans leurs téléphones, un spectacle estival des plus merveilleux, je fus interpellée dans ma contemplation onirique par la voix grave et moelleuse de cet homme. Cavalant dans des directions opposées, chacun des pas que nous faisions nous rapprochaient l’un de l’autre. Il ne m’aurait pas vu. Bien évidemment. Personne ne me remarque jamais dans la rue. Si ce n’est pour scruter mes jambes de crevette ou mes bras de sauterelle. Je ne suis pas assez jolie à côté de toutes les dizaines de filles canon qui se trémoussent dans la rue pour qu’un garçon, et qui plus est mignon, daigne m’accorder la moindre attention. Bien sûr mon regard s’est arrêté sur lui. Bien sûr que j’ai espéré que lui aussi me voie. Peu convaincue. Trop habituée à l’indifférence ce n’était qu’une espérance que je savais vouée à l’échec. Bien trop moche, bien trop repoussante, tellement insignifiante. 

Et pourtant. 

Il semblerait qu’aujourd’hui les choses soient différentes. Il s’est arrêté de parler. Il s’est arrêté de marcher. Et il m’a regardé. Non pas mon corps. Non pas mon apparence. Pas non plus mon physique ou ma différence. Il est resté fixé sur ce qu’il y a de plus pur chez l’Homme. Cette chose immuable qui résiste à tous les bouleversements, à n’importe quels changements. Il a capté en un instant le seul élément que j’ai réussi à préserver des dégâts que j’ai causé à mon corps. Le seul qui n’aura jamais de séquelles de ces années de souffrance. Ce précieux trésor intouchable que ni la vie, ni le temps et encore moins la maladie ne pourra jamais altérer, ravager ou saccager. Ils sont mon dernier héritage, mon ultime souvenir. Celui qui n’appartient qu’à moi et qui sont finalement la seule chose que je sois indubitablement et invariablement fière de posséder. 

Cet homme n’a vu que mes yeux. Et c’est ce à quoi il s’est arrêté. Et c’est ce qu’il a aimé. Ils lui ont inspiré un sourire lumineux et d’un éclat d’une brillance aveuglante à en éclipser les nuages du ciel pourtant grisâtre et ténébreux. La tendresse de son regard à mon égard était aussi douce que la couleur miel de mes noisettes dorés. Aujourd’hui j’ai oublié que je ne m’aimais pas Parce que cet homme m’a permis de me souvenir que mon identité n’était pas définie par mon apparence. Parce que le physique n’était pas un critère de beauté intérieure. Parce que l’enveloppe extérieure ne donne à voir qu’un infime fragment de l’éclat intégral que renferme une personne. Je ne suis pas mon corps. Je ne suis pas mes vêtements. Je suis une femme humaine. Une âme brillante, un être vivant. Je suis Alexia. Bien avant d’être une maladie. Et je dois apprendre à m’aimer profondément pour accepter que d’autres m’apprécient extérieurement. 


3 réflexions sur “Et si j’apprenais à m’aimer ? 

  1. Si le regard de cet homme qui a spontanément dépassé ta condition présente et ta souffrance t’a touchée au point de faire évoluer ton propre regard… Si, même par inadvertance, il a pu ou il a su allumer en toi la petite flamme du désir qui peut tout changer. Et si enfin, à cause de ce moment indéfinissable, ce presque rien qui fait toute la magie d’un regard échangé tu te décidais d’affuter tes armes et tes charmes pour sortir de ton tango infernal avec la mort et accepter ainsi que tes courbes se dessinent pour te faire vraiment belle. Alors cela aura été un vrai moment de grâce. Et si ce n’est pas dans ses yeux à lui que demain tu danseras autre chose, il s’en trouvera bien d’autres, pour te désirer et t’aimer. Va petite femme !

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