L’air ambiant de la solitude était devenu irrespirable.

L’angoisse permanente de l’isolement était devenu insupportable.

La clé pour ne pas souffrir serait d’être suffisamment en paix, en harmonie et en concordance avec son âme. Être capable de rentrer dans son petit cocon intérieur et s’y sentir à l’abri, protégé des agressions extérieures. Aimer chacune des parties de son corps, s’y installer confortablement, y faire son nid chaudement moelleux, clore ses paupières et se laisser bercer par sa propre respiration calme, régulière et apaisée.

Voilà ce qu’il faudrait pour ne pas subir la solitude.

Voilà ce qu’il faudrait pour que je m’autorise à vivre sereinement, sans inquiétude.

Mais je n’y arrive pas. Je n’ai pas ces capacités, cette aptitude.

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Moi je ne m’aime pas. Mon corps est un manoir de souffrances. Chaque pièce est tapissée de moisissures de méfiance. Ici, les crises d’angoisses sont imprimées par ces gouttes vermeil qui recouvrent la moquette miteuse. Rongés jusqu’au sang, ces doigts effroyablement longs que j’ai dévoré quand les crises elles-mêmes m’engloutissaient. Là, le parquet grinçant s’est imprégné du piétinement lancinant des pas lourds et visqueux que j’y ai fait, tournant inlassablement en rond pour essayer vainement d’écraser la peur sous mes pieds. Il fait sombre. J’ai peur du noir. Impossible de rallumer la mèche des chandeliers dégoulinants de cire poisseuse et moite. Toutes les allumettes ont été utilisées pour incendier mon cœur. Les briquets n’ont plus de gaz, tous ont asphyxié mes poumons. Que reste-t-il de ce corps passé au four crématoire si ce ne sont des cendres carbonisées ? Des miettes rassies de désespoir. Il faudrait tout rénover. Murs, plafond, plancher. Colossal chantier. Épuisant, décourageant, rien que de songer aux moyens qu’il faudrait employer pour nettoyer les tapis de poussière qui recouvrent les sols, pour éponger les duvets de larmes qui ont inondés les mauvaises herbes du jardin.

Je ne suis qu’un imposteur dans ce navire dont le pilote a préféré déserté en prenant le large vers des contrées moins obscures et agitées.

Ce n’est pas le choix de la facilité pour lequel j’ai opté. Bien au delà de la quantité de grains de difficultés que représentait chacune des épreuves que je m’apprêtais à affronter en entreprenant de gravir cette pyramide, en décidant de partir, c’est surtout le chemin du renoncement que j’ai choisi d’emprunter. Renoncer est-ce définitivement abandonner ? Est-ce se résigner à accepter que jamais je ne me sentirais bien dans mon corps ? Que toujours il sera un objet de dégoût, la victime de tant de dégâts ?

Je ne sais pas. Je n’en sais rien. Je ne peux que constater la haine grandissante que je ressens contre ce pantin démembré que je me plais indéniablement à torturer. L’ai-je seulement un jour traiter avec respect et dignité ? M’y suis-je un jour sentie en sécurité ? Je n’en n’ai pas le souvenir. Toujours rejeté, maltraité.

Tout le reste est parti. Chacun des pas que j’ai effectué en m’extrayant de mon environnement m’a permis de me libérer de toutes les chaînes auxquelles mes poignets et mon esprit étaient cadenassés. Toutes ces obsessions que je pensais faire partie intégrante de ma personnalité, dont j’étais persuadée être incapable de me défaire. Ce genre de choses que l’on se résigne à accepter comme une fatalité qui par la force du temps ce serait superposée à notre existence. Partir m’a permis de réaliser que toutes mes peurs n’étaient que croyances infondées, peurs irrationnelles, résultant d’une profonde insécurité. Mais rien finalement de vérifié. Un château de cartes qui s’effondre au simple murmure d’une brise d’été.  Ridiculement fragile. Pitoyable et débile. Certainement pas indestructible comme j’en suis restée persuadée depuis toutes ces années. Ces interminables années à me maintenir cristallisée, pétrifiée dans mon marasme inextricable et paradoxalement confortable. Parce qu’il arrive un moment où l’enfer devient acceptable. On se résout à se laisser séduire par son charme déconcertant faute de trouver mieux. On finit par trouver le flirt avec la mort plaisant.

Minable existence noyée de souffrance.


4 réflexions sur “

  1. Ne pas baisser les bras, c’est facile à dire quand tout va bien………. mais il y a tellement de personnes autour de toi que tu connais ou qui ne sont  » que  » virtuelles mais qui sont…. autant de souffle d’Amour pour toi et un souffle, même petit, il est important. Souvent on ne le sent pas, on ne l’entend pas mais il est là et le souffle on en a besoin. Or le souffle de nous tous c’est Toi, on, j’ai, besoin de Toi.
    Doux baisers du soleil derrière les gros nuages

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  2. Alexia,

    Je pense que tu fais ici un contresens majeur.
    Accepter n’est pas renoncer, c’est le degré supérieur du lâcher prise.
    Accepter n’est pas davantage abandonner, c’est tout le contraire. A savoir : le préalable indispensable à l’action.
    Ainsi, s’il faut accepter l’anorexie comme un fait, il faut garder à l’esprit qu’elle n’est pas une fatalité.
    L’acceptation ainsi entendue, ouvre donc la voie a une volonté de rester présent dans l’action, dans la lucidité et le calme.

    PS : Tout ceci sera précisé dans le mail que tu vas recevoir incessamment sous peu que je te suggère de bien vouloir lire avec la plus grande attention.

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