Prise en charge. Triste constat. 


Le traumatisme. Voilà ce que j’ai vécu aujourd’hui. Le même que celui auquel j’avais été confrontée il y a six ans quand les médecins m’avaient hospitalisée de force, m’avaient coupée du monde, de la société, de ma famille, de ma maman. J’ai voulu demander de l’aide. J’ai voulu aller chercher une épaule sur laquelle m’appuyer pour me soutenir dans mon combat. Parce que malgré les apparences que peuvent donner les réseaux sociaux, je suis seule, indubitablement seule face à l’anorexie. Et j’essaie de me combattre. J’essaie de me débattre. Chaque jour je lutte jusqu’à épuisement, à tous les repas, entre les repas, le jour quand je suis en éveil, la nuit quand les cauchemars perturbent mon sommeil. Pas un jour de répit, pas une nuit de repos. Alors j’ai espéré qu’en me tournant vers des spécialistes, je pourrais trouver de quoi me décharger du poids incommensurable qui m’encombre et m’empêche d’avancer, qui me retient et m’oblige à renoncer à mes projets. Ce poids qui m’étouffe depuis des années et auquel j’ai fini par m’accommoder, pensant que rien de mieux ne pouvait m’arriver. Aujourd’hui, je pensais avoir le droit à ce soulagement. Je pensais mériter que l’on me propose de m’accompagner sur la route de la guérison. Que l’on me guide sur les orientations que je pouvais emprunter pour rendre cette ascension vers la vie un peu moins périlleuse, douloureuse et hasardeuse. Comme le sprinteur à qui l’on conseillerait les chaussures les plus adaptées, la nageuse à qui l’on recommanderait les lunettes de plongée les plus hermétiques ou le skieur qui aurait des bâtons correspondant à sa taille. Combien de fois l’on m’avait dit que l’anorexie nécessitait une prise en charge sur mesure et orchestrée par des spécialistes ? Combien de fois ai-je essayé de rencontrer ces blouses blanches renommées sans lesquelles à la guérison on me disait que je ne pourrais accéder ? Mais combien de fois surtout ai-je été déçue, frustrée et traumatisée de constater que face à la complexité de la maladie, ces prétendus sauveurs incontournables sont en réalité impuissants et démunis ? C’est la malheureuse expérience dont j’ai été le témoin aujourd’hui. Car oui, indéniablement, j’ai besoin d’aide. Je suis plus que jamais en danger et le nier serait me voiler la face – en plus de me recouvrir le corps de couches de vêtements pour le dissimuler. Oui, il est incompatible de se sentir libre et vivante à ce point mentalement mais pourtant d’afficher l’enveloppe corporelle d’une enfant de huit ans. Et c’est justement pour estomper cet écart troublant entre cette maturité intellectuelle et ce déguisement physique enfantin que je sais combien il est important, nécessaire et vital de reprendre du poids. Pour que l’incohérence cesse et que l’équilibre naisse. Que la normalité s’impose et que le que le désordre disparaisse. Parce que finalement, j’aurais beau revendiquer être guérie mentalement, si je me maintiens dans un état physique qui indique à l’œil nu, au corps décharné et cru, que je suis encore en souffrance, alors cela signifie que la maladie est encore inscrite en ma chair. Et ce, bien que je n’en veuille plus. 

C’est ce ras le bol. Ce trop plein. Cet écœurement qui m’a poussée à aller consulter dans une unité spécialisée. À aller rencontrer un professeur renommé. Le chef de service de le plus réputé. Il devait être attentif et bienveillant. Compréhensif et aidant. C’est ce qu’on m’avait promis, juré. Que jamais il ne serait manipulateur ou mal intentionné. J’ai honte et je suis dégoûtée de retranscrire la manière dont cet homme qui côtoie l’anorexie mentale depuis trente-cinq années m’a traitée. J’aimerais que mes mots puissent vous permettre d’entrevoir le manque de respect et de dignité avec lesquels ces gens se sont adressés à moi. Je n’étais à leurs yeux qu’un squelette décharné dont la tombe était déjà creusée, dont la place au cimetière était déjà réservée, que le four crématoire attendait pour me faire incinérer. Ils m’ont dit que j’étais comme toutes les autres. Un cas X. Une anorexique à dompter. Un cerveau à manipuler. Un corps à gaver. Leur attitude m’a donné la nausée. Ils n’ont fait que contribuer à la dégradation du peu d’estime que j’avais réussi à regagner à l’égard de la personne que je m’efforce de ne pas trop détester. Ils n’ont fait qu’anéantir le peu de confiance en moi que j’avais retrouvé en me persuadant quotidiennement que je mérite de vivre sereine et apaisée. Je suis profondément troublée de voir la réponse qui est apportée à un être humain en souffrance qui demande à être aidé. Je suis sincèrement dépitée de constater la façon inhumaine avec laquelle on traite une jeune femme qui, par sa seule volonté, fait la démarche de se rendre dans un centre hospitalier. Ce soir je rentre seule à la maison. Non pas désemparée. Encore moins atterrée. Mais simplement révoltée et d’autant plus déterminée à lutter contre ces pratiques hospitalières qui ont nécessairement et urgemment besoin d’évoluer. Il serait temps que ces prétendus gourous de la médecine sortent de leurs unités fermées à clés pour se rendre compte que leurs méthodes sont inutiles et inadaptées aux problématiques auxquelles ils sont confrontés. 

Alors oui, je ne peux pas prétendre savoir mieux que des médecins qui ont des dizaines d’années d’expérience derrière eux ce qui est bon pour nous, patients, malades, souffrants. 

Oui, c’est vrai, je suis encore en danger physiquement et pas tout à fait guérie non plus mentalement. 

Oui, je n’ai que dix-huit ans. 

Mais bon sang, cela fait six ans que je me tord les boyaux et le cerveau avec une maladie mentale qui ordonne chacun de mes faits et gestes, contraint ma vie, gâche mon existence et m’empêche d’accéder à mes rêves. Et Ca c’est purement injuste et je refuse de croire qu’il n’existe pas de solutions. Je ne peux pas admettre que cette maladie soit une fatalité et qu’il faille se résigner à l’accepter faute d’avoir trouvé comment lutter. 

Et cela me donne une raison de plus de me battre et de l’anéantir pour prouver au monde entier, et à ces blouses blanches en premier, que je l’ai fait. Que je m’en suis sortie. Que j’ai cloué le bec à coups de fourchette à cette hideuse méduse d’anorexie. 


15 réflexions sur “Prise en charge. Triste constat. 

  1. Quelle honte… Je connais si bien cette sensation et pourtant elle me dégoûte chaque fois un peu plus . Cette impression de n’être plus qu’un corps parmis les cadavres, un cerveau atteint ,me fait frissonner…
    Mais tu le sais, tu l’écris, ce ne sont pas eux, les blouses blanches qui sont la clé de notre guérion et avant tout, de notre bien être. La clé tu la connais, il ne te reste plus qu’à la retrouvé et surtout, à l’aimer : toi ♡
    Je suis et serai toujours au près de toi , à bord de ton équipage ma douve Alexia ☆

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  2. Bonjour,

    Malheureusement ces déceptions ne sont que trop communes….cela fait plus de 20 ans que l’anorexie est ma colocataire. J’ai été voir des soit disant grands pontes et j’ai suis toujours au même stade….il ne faut pas attendre d’aide du corps médical qui a une approche bien trop terre à terre, inhumaine et ne connaissant pas de quoi ils parlent, ne s’y essayant même pas, avec eux il suffit toujours de… !!! des réponses du type « si tu es pas décidée à manger et bien pourquoi tu es là ? » bref je m’arrête là les mots à leur encontre pourraient être violents et enragés.
    La seule solution/guérison ne peut venir que de nous….pour moi je suis persuadée que quand je me serai épanouie pro et / ou perso le déclic se fera et je sais aussi que de partir vivre sous les cocotiers, les pieds dans l’eau sera mon meilleur remède car pour moi la chaleur, le soleil, la mer, le sable….me font retrouver ma liberté d’être moi, je suis libérée de tous mes rituels et je mange !!! mais pas facile de partir loin de tout et de tout le monde….il faut que je trouve le courage de passer le pas….
    Ne compte pas sur ces blouses blanches mais sur toi et tes proches……

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  3. Bonsoir Alexia
    Je viens de lire avec horreur ton article et je suis atterrée et profondément désolée par ce que tu as enduré… c’est pas comme si l’anorexie n’était pas déjà assez insoutenable à vivre au quotidien.

    Je crois que j’ai de la chance dans mon malheur parce que je n’ai jamais eu de problème de suivi de mon anorexie dans le sens où mon médecin généraliste m’a de suite orientee vers le spécialiste des TCA en Rhône-Alpes et a toujours été à mon écoute, sachant qd elle pouvait me booster et qd il fallait me laisser respirer
    Le seul souci que j’ai rencontré, c’était en mai avec la remplaçante de ma toubib qui m’a dit mon poids alors que je lui avais demandé de ne pas le faire. Et du coup, rechute avec 6 kg en moins en qq jours .

    Je ne sais pas quoi te dire à part d’essayer de te diriger vers qqun d’autre pour te venir en aide. Mais surtout ne baisses pas les bras ma belle
    Courage

    Elisabeth (@elisacharlotte sur IG)

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    1. Je te lis, te suis et t’admire depuis un bon moment chère Elisabeth. Je suis surtout infiniment touchée que tu m’aies adressé ce petit message. Je pense bien tendrement à toi et t’envoie mes plus douces pensées remplies de courage et d’amitié. Alexia

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  4. Bonjour Alexia, je crois aujourd’hui que ta colère s’exprime enfin.
    je te soutiens dans ta guérison car tu n’es pas « anorexique » mais bien « Alexia atteinte d’un trouble du comportement alimentaire » , en cela tu es une fille comme les autres avec ses projets, ses envies et ses rêves …
    Mais malheureusement ma volonté ne remplacera jamais la tienne , alors voila le seul « ultimatum » que je te pose ( même je n’ai aucune prétention a pouvoir faire évoluer quoi que ce soit)…A toi de savoir maintenant si cette maladie te protège du monde extérieur (qui apparemment te perturbe encore beaucoup) ou si tu as suffisamment de ressources pour t’en sortir seule en faisant tes propres choix et avancer sereinement ?!.
    toutes tes peurs et tes craintes, es tu prêtes a t’y confronté réellement au risque de te voir changer avec le temps ou te convient-il d’attendre que les choses s’améliorent toutes seules d’un coup de baguette magique? Tu es le seul maitre a bord ! Et si les paroles des médecins te heurtent a ce point, alors , questionne toi sur la répercussion qu’elles ont sur ton mental. Est-ce que j’écoute leur diagnostic et essaye de trouver une solution ou est-ce que je me braque et me lamente pour enfin crier a tous que je suis seule et sans défense?!. Personnellement j’ai choisis la première voie. Elle n’est pas simple , car il faut se battre chaque jour avec la voie intérieur qui nous dit qu’un œuf est égal a 70 calories, pour laisser place a celle qui nous fais sentir la différence entre le blanc et le jaune. Ce sont grâce a ces petites étapes que tu arrivera a gravir des sommets. Remotive toi, tu dois etre quelqu’un de formidable pour avoir autant de monde qui t’accompagne dans tes démarches . Il faut simplement sur tu comprennes que ces gens aiment avant tout ta façon d’être et non pas le paraître! Alors vie sans te poser soixante mille questions a la seconde. Tu n’a que 18ans , c’est à dire toute la vie devant toi pour espérer faire basculer cette fichue balance sans en faire le centre du monde. Dis toi que la nourriture c’est le carburant de la vie , tu en a besoin mais ça ne changera pas ta belle carrosserie (cette métaphore a le mérite d’être ultra machiste😆)
    Conseil : un endroit qui me tiens a coeur .Jouvence -Nutrition près de Dijon, si ça t’intéresse…💕

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    1. Je suis infiniment touchée par votre message que j’ai lu avec grande attention.
      Au plaisir d’échanger plus longuement,
      Alexia

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  5. Bonsoir, si tu savais oh combien de fois j’ai ressentie ce que tu evoques, saches qu’anorexie ou autre « mal à dit », les blouses blanches ne sont parfois plus que des « techniciens »! La déhumanisation est terrible lorsque l’on a une fragilité mais saches qu’au vu de ce que tu ecris et de ta maturité et ton discernement, tu as une grande force: ta colère! On n’y a pas droit dans cette société mais si tu la chevauches tel un cheval fougueux, tu trouveras tes clés pour jour après jour admirer oh combien tu vas vers un mieux! Courage, tu sais ce qui te fais du bien et où tu ne veux plus aller!

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  6. Bonjour Alexia,

    Touchée par ton commentaire et je comprends que tu ressentes une baisse d’estime de toi, confrontée à une forme d’échec, au constat du décalage entre le discours et les actes.

    Mais comme le disait un célèbre philosophe, la force de l’humain se mesure à ses actes.

    Pour positiver (et j’en suis moi-même passé par là), il me semble opportun d’essayer de te placer dans le point de vue de ce médecin; il s’est vraisemblablement à dessein comporté de façon caricaturale…peut-être pour te choquer et te faire voir les choses autrement. Cà fait mal sur le coup, mais tu verras peut-être les choses différemment dans quelques jours (une fois l’émotion dissipée); çà ne remet pas en cause toutes les bonnes choses que tu as entreprises.

    J’ai eu une expérience similaire dans le passé et çà m’a décidé à faire le travail de reprise de poids seule car l’alternative ne m’emballait justement pas !

    N’hésite pas à faire part des mots du médecin; un regard extérieur pourrait peut-être t’aider…si tu le souhaites.

    Bon courage quoiqu’il en soit et félicitations pour le chemin déjà parcouru.

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    1. Merci Florence pour votre (très pertinente) réflexion qui me permet à mon tour d’agrandir la vision que j’aie de la situation. J’ai, depuis vendredi, pris le recul nécessaire et suis fière de pouvoir revendiquer aujourd’hui que ça va mieux. Que je vais mieux.
      Avec toute mon amitié,
      Alexia

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  7. Bonsoir Alexia,
    je suis profondément révoltée par ce que vous décrivez et triste de voir comment, au fil du temps, et malgré toute la médiatisation de l’anorexie la prise en charge des patientes a aussi peu évolué. J’ai subi une hospitalisation dans un grand hôpital parisien présenté comme le service spécialisé dans le traitement de l’anorexie. nous, patientes, avions le sentiment d’être considérées comme des oies que l’on gave, sans aucun suivi psychologique avant d’avoir atteint un certain poids.
    Paradoxalement, comment peut-on réagir en tant que médecin face à une personne qui se met en danger et qui est réellement en danger sur le plan somatique ? Faire peur pour provoquer un électrochoc est une stratégie qui a ses limites mais qui est acceptable tant que l’on respecte la dignité de la patiente.
    Il y a toujours des sujets qui fâchent lorsqu’un médecin nous accompagne sur la voie de la guérison, notamment lorsqu’il est question de reprise de poids…et pourtant c’est le nerf de la guerre.
    Mais vous savez cela parfaitement Alexia, la vidéo que vous venez de poster en témoigne.
    Bon courage, vous êtes tellement lucide et déterminée.
    Bien à vous .
    Isadora

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    1. Merci chère Isadora pour le temps que vous avez pris pour me lire et pour écrire ce commentaire que j’ai lu à mon tour avec grande attention.
      Votre petit capitaine ne lâche pas le gouvernail. Je maintiens le cap en direction de la vie, du bonheur, de la liberté.
      Avec toute ma tendresse,
      Alexia

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  8. Tu as raison. J’ai fait ce constat il y a quelques années. Avec des amies on l’a même crié dans un livre. Plus tard je suis devenue infirmière. Je suis passée dans des services de psychiatrie, dont un spécialisé. J’y ai entendu beaucoup de choses sur l’anorexie et sur ceux qui en souffrent. Des choses très à côté de la plaque, que je pressentais à l’époque, qui m’ont été confirmées par la suite. Mais au milieu de tout ce bruit, j’y ai rencontré une toute petite poignée de soignants exceptionnels. Qui travaillent véritablement à comprendre la maladie, avec beaucoup d’humilité, et qui traitent leurs patients avec empathie et humanité. D’autres encore, qui ont l’ouverture d’esprit qu’il faut pour remettre en question ce qu’ils ont longtemps cru maîtriser. On avance comme ça, à tout petits pas.
    Je te souhaite de faire ce genre de belles rencontres, comme il en est dans tous les services.

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  9. Merci pour ton témoignage. J’ai 37 ans et je suis malade depuis l’âge de 14 ans. J’ai fait de nombreux hôpitaux où j’ai eu le sentiment d’être humiliée ; j’étais seule entre quatre murs et on me surnommait « la menteuse ». Les toilettes étaient fermées à clé et on me laissait des heures lorsque j’appelais pour ouvrir. Une nuit un aide-soignant m’a menacé de me mettre « dans un cachot ». Lorsque je ramassais un crayon par terre on m’accusait de faire « de l’exercice » et j’étais « punie » (on me supprimais les livres et le papier). Mes parents sont venus me chercher et me sortir de cet enfer contre avis médical. Depuis je vis dans la crainte des médecins et malgré un danger physique immédiat je ne retournerai voir un soignant pour rien au monde. Cette prise en charge est désastreuse et je te remercie de ton témoignage.

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