Si tu me lis. D’où que tu sois.


Rien n’y fait je n’y arrive pas.
J’ai mis de la lavande sur mon oreiller. J’ai englouti des petits quartiers à la mélatonine.
J’ai fait une seance de méditation avec Petit Bambou.
J’ai compté ma respiration dix fois.
J’ai récité mes tables de multiplication.
J’ai compté les petits moutons que je ne voyais pourtant pas en fermant les yeux très fort.
Mais rien n’y fait je n’y arrive pas.
Je ne trouve pas le sommeil. Je pense à toi.
Dans cet avion quelque part à l’autre bout du monde en train de survoler les airs. Et moi dans mon lit à Asnieres, incapable de fermer les yeux et de trouver un soupçon de sommeil qui me permettra de me remettre de cette palpitante journée qu’on a vécue toi et moi hier.
Je repense à chaque instant. Et j’ai peur aussi. Je m’endors quelques minutes et me réveille en sueur. Je vérifie mon téléphone. Mes mails. Mes textos. La météo. Les infos.
C’est long seize heures.
Et s’il se passait quoi que ce soit.
Et si hier, quand je t’ai encouragée, poussée, incitée à monter dans cet avion alors que tout l’univers – Le timing, la réservation e-dreams, le compte bancaire, les hôtesses de l’air et cætera- s’opposait à ce que tu partes là-bas. Alors qu’il n’y avait que moi qui y croyait et qui te disais « Maman, ça va le faire. Maman, c’est aujourd’hui que tu entames le premier jour du reste de ta vie. Maman, tu peux le faire. »
J’y croyais plus que tous les passagers déjà assis dans l’avion de la Singapour Airlines prêts à prendre leur envol.
J’avais une volonté de fer. Bien plus lourde que le poids de tous les avions réunis sur le parking de Roissy.
C’était aujourd’hui maman la chance de ta vie.
Pendant deux secondes je me suis dit qu’il ne fallait peut être pas forcer le destin.
Pendant trois secondes j’ai imaginé le pire et ai pensé à ces rescapés qui témoignent à la télé. Tu sais les miraculés qui sont interviewés parce qu’une contrainte de dernière minute les a empêché de monter dans l’avion qui s’est écrasé en plein vol. Je me suis dit que j’étais en train de te pousser à faire une bêtise que peut être je regretterai si en te convaincant de prendre un deuxième billet à la dernière minute de alors que ça n’avait pas marché pour le premier il se passait quoi que ce soit qui fasse que jamais je ne te rêverai.
Ni dans un mois.
Ni pour mes dix-neuf ans.
Ni pour jamais de toute la vie en entier.
Mais une petite voix en moi y croyait pourtant.
C’est elle qui a pris ta main. Qui l’a mise sur mon ventre.
C’est elle qui t’a tendu ma deuxième main qui l’a mise sur ton ventre.
C’est ce même murmure d’espoir qui, en te regardant droit dans les yeux – en me mettant que la pointe des pieds pour etre à ta hauteur- t’a dit fièrement et assurément alors que tu avais les tiens mouillés de larmes « C’est la chance de ta vie Maman. C’est aujourd’hui que tes rêves deviennent réalité. »
J’avais envie de me battre pour qu’enfin, après y avoir renoncé durant toutes ces années, tes envies soient ta seule et unique priorité.
Pour qu’enfin tu fasses un choix de femme.
Pas une décision orientée par tes responsabilités de mère, de père, de super-maman, wonder-papa ou l’inverse.
C’est Antonia l’héroïne de sa vie.
C’est Antonia l’actrice principale de son film.
C’est Antonia le protagoniste de son histoire fantastique.
Personne d’autre que toi.
Et là. Tu viens de m’écrire. Pour me dire que tu étais en transit à Singapour. Et je comprends mieux pourquoi je suis aussi excitée que quand c’est la pleine lune.
Je comprends mieux pourquoi les smarties à la mélatonine ne fonctionnent plus.
Le petit bout de moi qui est relié à toi a dû sentir que tu allais m’écrire. Tu sais ce truc dans les tripes qui nous relie. Le petit bidule dont tu m’as parlé. Quand tu m’as promis que tu ne m’abandonnerai pas. Que même quand je ne te verrai plus tu serais encore là quelque part près de moi. Et bizarrement depuis que tu m’as écrit ces quelques mots mes yeux s’alourdissent. Mes paupières commencent à se fermer et mes doigts s’engourdissent au point que j’ai du mal à pianoter sur mon clavier ces quelques mots que j’avais besoin de t’adresser.
Je vais aller me glisser dans tes draps. Je sais que je ne t’y trouverai pas. Mais j’aurai l’impression de te sentir un peu plus près de moi. Il fait froid dans ma chambre. Et mon gros ours polaire ne me réchauffe pas. Je sais que dans ton lit je me sentirai bien. Je sais que dans ton lit j’aurais un peu plus l’impression d’être avec toi. Et un peu moins les sentiment que tu n’es pas là. Et puis demain j’imprimerai des photos pour les coller près de mon oreiller. Ça ne remplacera pas la chaleur de tes bras qui me serrent tout contre toi. Ca ne se substituera pas à la douceur de tes mains qui caressent mon dos malgré mon squelette anguleux que j’ai eu tant de mal à accepter de te laisser toucher.
Mais au moins j’aurai tes yeux. Tes grands yeux bleus qui veilleront sur moi. Bonne nuit Maman. Où que tu sois. Mon cœur t’aime et pense à toi.


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