Fly me to the moon


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Voilà qu’aujourd’hui j’ai retiré le dernier orteil qui était encore englué derrière les portes de l’enfer.

Voilà que je suis délivrée des chaînes qui cadenassaient mes poignets – non parce qu’ils sont devenus suffisamment fins et maigres pour s’extirper des menottes, mais bien parce que j’ai pu casser, rompre, briser ces liens tapissés d’épines poinçonnantes qui me condamnaient depuis des années à accepter la souffrance qui m’était imposée pour rentrer dans un coquille dans laquelle je n’aurai en somme jamais réussi à me fondre, me liquéfier, pour m’adapter aux normes pour lesquelles il était préférable que je m’adapte pour vivre comme les autres bien rangés dans cette société à laquelle je n’ai pu me résoudre à me conformer bien que cela ait conditionné huit ans de ma scolarité. Ma seule réussite ? Refermer sur moi le couvercle et à me cristalliser dans mon effroi du monde extérieur.
Je ne savais pas y faire et plus il fallait que je me plie, m’ajuste, me contorsionne (et ce n’est pas faute d’être, si ce n’est elasti-girl, à tout le moins, une danseuse qui traîne derrière ses chaussons de danse classique douze ans d’expérience en la matière et la souplesse qui va avec) plus je me réfugiais, me pétrifiais, m’enfermais dans cette coquille d’huître dont la perle précieuse et nacrée se ternissait d’années en années. À force d’être érodée et rongée par des paroles acerbes, consumée par les coups violents, la petite perle reluisante aux contours si lisses n’était plus qu’un misérable caillou émacié, décharné qui bien qu’ayant tenté de se protéger en se muselant dans sa sombre et étouffante carapace n’avait résolument pas réussi à s’abriter des torrents de lave bouillonnante qui se sont tant de fois déversés sur elle.
Combien de fois s’est-elle dit que si elle ne finissait pas par être consumée, littéralement dévorée et inondée par ces vagues incessantes qui tambourinaient de rage et de colère au-dessus de sa tête étourdie par la peur, assourdie par les cris, secouée par les coups, se serait indubitablement dans les larmes de son chagrin qu’elle se noierait ?
Bien que décharnée et affaiblie par ces vermines qui ont creusé sa chair, elle est encore là, dans sa coquille et elle apprend depuis quelques mois à se remplumer, à renforcer son armure, à recouvrir son enveloppe de nouvelles couleurs éclatantes qui l’aident à progressivement transformer les entailles qui ont été perforées, qui l’ont éventrée, par des petits trous au travers desquels pénètrent finement des rayons flamboyants de lumières qui réchauffent son cœur, illuminent son âme et apaisent son esprit.
D’aucuns diront qu’elle a tourné la page, certains préfèreront l’image du nouveau jour qui se lève.
Moi j’aime l’idée du voyage. De l’évasion.
Voilà pourquoi ce soir, après huit ans de souffrance infligés par ce grand Autre ingrat, ces mauvaises rencontres, ces personnes malveillantes, ces êtres qui ne sont que des corps dégradants, humiliants et véhéments, mon billet, non pas de train ou d’avion, mais de fusée (!) est pris. J’ai fait tout ce que l’on m’a demandé au mieux, et la fin des épreuves du bac signe pour moi le début d’une belle et grande chevauchée. Je pars à la conquête de ce monde, de cette planète à laquelle je rêvais dans mes songes les plus profonds quand désemparée face à l’ignominie de ma vie je n’avais d’autres choix pour survivre que de m’exiler dans l’illusion qu’il existait une contrée où douceur, bienveillance et harmonie s’exhalait des champs de lavande et embaumait mon être tout entier de leur parfum envoûtant.
Je ne crois plus au bonheur. Mais je garde l’intime conviction que les bonheurs de la vie existent. Des tous petites brindilles de bonheur à récolter, à mettre dans un beau vase et à arroser pour que fleurisse chaque jour de nouveaux bourgeons, à exposer au soleil pour qu’éclose chaque matin de nouvelles fleurs aux millions de pétales source de contemplation.

Je veux que l’amour existe. J’y crois, j’y crois.
Je veux que la paix existe. J’y crois, j’y crois.
Je veux que la vie heureuse existe. J’y crois, j’y crois.


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