Se récompenser des petites victoires


Aujourd’hui j’ai passé ma première épreuve du bac. Après une nuit si blanche à avoir attendu désespérément que le jour s’extirpe enfin de l’éternelle obscurité, pensant, ressassant, remuant, brassant à la louche les étoiles filantes agitées dans mon cerveau-marmite qui ne cessaient de frétiller, voilà qu’était enfin venue l’heure de me préparer pour l’oral de mon bac d’espagnol. Convoquée à 10h30, ce n’est qu’après être restée assise durant deux interminables heures sur cette chaise en bois, que les os de mes fesses, encore engourdis tant l’assise était moelleuse (!), ont probablement transpercé, que je me suis lancée dans le grand bain… Trente minutes de conversation dans la langue maternelle de ma maman – qui n’est pas la mienne, soit dit en passant, mais que je m’efforce de maîtriser en l’honneur de mon grand-père à qui j’ai fait un clin d’œil lors de mon oral ! – « muy bien, gracias Alexia » me dit le jury tout sourire. Une sur sept. Encore six épreuves, une poignée de semaines à passer avant d’être enfin libérée de cet infernal et interminable cycle des cauchemardesques années de lycée. Et dire qu’il y a deux ans, le zombie ambulant que j’étais devenue avait dû interrompre sa scolarité pour rester cloîtrée à la maison à se momifier dans sa torpeur. Et dire que les tourments dans lesquels j’étais empêtrée m’ont empêchée d’aller au lycée en me momifiant à la maison. Incapable de penser, de lire, de travailler ; aurais-je un jour imaginé, moi qui, emmurée dans le silence, avait renoncé à trouver comment fondre ma carcasse dans la société, que je serais à nouveau capable de parler devant un jury, de me confronter au stress dévorant de ces épreuves, de réintégrer ma vie d’adolescente un peu différente certes, mais qui s’efforce de vivre une vie un tant soit peu normale ? Non. Je n’y aurais pas cru. Parce que je ne le voulais pas envisager qu’il puisse exister autre chose. Parce que j’avais trop peur d’imaginer sortir de l’isolement auquel je m’étais condamnée. Parce que je pensais profondément que la vie n’avait rien de plus à m’offrir que l’enfer ténébreux qui me foudroyait tous les jours impitoyablement. Mais ce n’était que leurres sournoises et mensonges absurdes. Croyances irrationnelles mais rassurantes. Je suis capable de vivre aujourd’hui. J’ai le droit de cesser de rêver et de transposer, concrétiser et savourer mes aspirations dans ma réalité.
J’ai le droit d’être moi, d’affirmer ma personnalité, sans craindre que l’on se serve de ma sensibilité, de ma vulnérabilité pour m’attaquer, me dévaloriser. J’ai le droit de lever le voile de ce masque que je porte depuis tant d’années pour me protéger sans avoir peur que ce dévoilement me rendre moins aimable. Et même si je cherche encore à esquisser les contours de mon identité je sais qu’il me faut nécessairement cesser d’être dans la lutte contre moi-même et que je commence enfin à m’aimer, juste telle que je suis. Nul besoin de mon déguisement, de ma cape d’invisibilité, pour être aimable et aimée.
J’ai le droit de cesser de survivre, je peux commencer à vivre. Pleinement. Sereinement.

6 réflexions sur “Se récompenser des petites victoires

  1. Très joli maquillage !

    Tout de bon pour ces épreuves; ça va passer tranquillement, mais c’est une période particulière c’est vrai. Et tu peux être fière de toi après tout ce que tu as traversé ces précédentes années 🙂
    Aussi, évidemment que tu mérites d’avancer, d’aller vers le mieux-être, le bien-être 😀

    Pour ma part ce semestre j’ai eu ;
    – Des épreuves pratiques (administration et cotation de tests d’intelligence)
    – Un oral en groupe
    – La rédaction d’un fastidieux rapport en groupe (65% de la note finale)
    – 31 mai : Gérontopsychologie générale et clinique : je pense avoir au moins 4/6 (c’est la note minimale pour réussir; 13-14/20 environ)
    – 3 juin : Neuropsychologie clinique de l’enfant : je pense avoir très bien réussi !
    – 6 juin : Oral -> Neuropsychologie de la musique -> réussi à mon avis 🙂
    – Ce matin : Modèles à équations structurales -> foiré. Pas assez de temps pour finir, plein de choses que je ne comprenais pas 😦
    – Jeudi matin : Méthodes avancées en psychologie du développement -> ça devrait le faire !
    – Jeudi 16 : oral, épreuve pratique -> administration et cotation d’un des 9 sous-tests que j’ai appris à faire passer. Prof très exigeant, besoin de bien relire/ré-apprendre et pratiquer pour espérer un 4 ^^

    Voilà je raconte ma vie ^^’

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