L’engloutisseuse grignotée


Rien ne me satisfait, rien ne comble mon appétit dévorant de me surpasser et pourtant je persiste à m’affamer, je m’applique à anesthésier toute sensation en ignorant soigneusement les signaux qu’émet mon corps. La faim, la fatigue, le froid, tout se confond, se superpose pour n’être réduit qu’à une désagréable et repoussante sensation que je préfère étouffer plutôt que de la sentir tenailler mon estomac, épuiser mes yeux, frigorifier mon corps. Anesthésie mortelle et générale, illusion morbide et fatale.
Mais comment concilier cette faim insatiable de ne faire qu’une bouchée de la vie en explorant toutes les merveilles qu’elle recèle et le mécanisme incompréhensible mais obsessionnel qui m’inflige de persévérer à me détruire physiquement et donc à m’empêcher d’accéder à tout ce à quoi je prétends ? Quelle absurde et pathétique situation que celle de vouloir conquérir le monde en restant emmurée vivante dans ma tour d’ivoire aux néons aveuglants.
Faut-il que je cesse de m’illusionner en admettant que je suis incapable d’accorder mes rêves à mes capacités ou bien que j’assouplisse les fers de cette réalité de laquelle je suis prisonnière pour que mes désirs puissent y être incorporés sans risquer de faire exploser ce cocktail délicieusement empoissonné ?
Je me sens dépassée par ce doute identitaire agonisant qui me réduit un peu plus à l’impuissance de mon humanité au sein même de ma seule, propre et ridiculement minime existence. Tout simplement dépassée par l’immensité vertigineuse et suffoquante du monde qui m’entoure et trop consciente et désemparée par l’imperfection, la médiocrité et l’insignifiance de ma personne, je suis atterrée de constater mon inaptitude ankylosante à œuvrer pour la pérennité de ma seule identité. Comme si, désappointée de n’être en mesure d’agir à une échelle suffisamment grande, je préférais également abandonner ce qui pourrait être à ma portée, à savoir, veiller à prendre soin de ma lamentable personne.
Peut-on ostensiblement sembler être engloutie, stimulée et exaltée par un désir démesuré de vivre de ses accomplissements et paradoxalement œuvrer minutieusement mais sournoisement à son propre échec ?

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4 réflexions sur “L’engloutisseuse grignotée

  1. Bonjour 🙂
    Pas de raison d’être atterrée de constater, sortir du déni est terriblement troublant. À peine constate-t-on une infime partie des schémas mentaux que nous avons montés, que nous nous sentons enfermés dans ceux-ci. Mais joie ! Ce qui est faisable est défaisable ! On peut changer ces schémas mentaux. Il « suffit » de ne pas agir comme ils nous le conseillent mais d’agir selon ce que « nous » voudrions devenir. On a changé une fois. On peut changer a nouveau.
    Des bisous ma belle !

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  2. Peut-être avez-vous des objectifs personnels trop élevés ?
    Impossible d’avoir une multitude de projets à la fois. J’avais bien tenté avec l’apprentissage de plusieurs langues. Il m’a fallu revoir mes objectifs.

    Quelle est votre identité à laquelle vous faites allusion dans ce texte ?
    J’ai l’impression que vous semblez valoir par vos résultats scolaires.

    Que vous empêche de faire votre anorexie ? Peut-être est-ce une recherche d’idéal esthétique ? On entend trop souvent parler de déni de la féminité. Personnellement ça me fait sortir de mes gonds.
    – L’anorexie, c’est vaste.

    Peut-être devriez-vous essayer de trouver un compromis : sans peser le minimum requis trouver un poids auquel vous vous sentez bien.
    C est sur que si on pese 35 kilos pour 1m65 ca ne doit pas être vivable, mais je ne pense pas que cela soit votre cas 😉

    Je repense à cette personne de mon entourage « anorexique » depuis 15 ans : lorsqu’elle avait grossi elle avait stocke au-dessus des hanches, meme arrive en-dessous du minimum requis.
    Elle a de toute façon fini par re maigrir à nouveau sinon c’était affronter la dépression. C’est pour cela que je parlais de compromis.

    Après, chacun fait comme il peut avec les armes qu’il a à sa disposition.
    J’imagine que ça ne doit pas être facile de gérer l’aspect psy et physique. Souvent, il faut se remuscler physiquement mais aussi psychologiquement.

    J’espère que vous arriverez à atteindre votre objectif. Vous êtes bien entourée, c’est une grande CHANCE ! Certains paieraient cher pour pouvoir profiter de leur mère en toute liberté.

    Je vous souhaite de trouver la paix avec vous-même 😉

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  3. Bonjour Alexia, je commence à suivre ton blog, je me permets ainsi de reprendre le post de Blandine sur un point :
    je crois que si, Alexia fait 35 kg pour 1m65 ( cf lecture des articles précédents).

    Ayant vécu l’expérience des troubles alimentaires, ce qui me sidère chez toi c’est que malgré ce poids, cet état de dénutrition extrême depuis plusieurs années, tu es très active. Tu mènes de front tes études, les concours de sciences po, l’écriture de ton livre, tes apparitions publiques… COMMENT FAIS TU ?
    Peut être que inconsciemment tu te dis que « ça ne sert à rien » de se prendre la tête de prendre du poids si tu réussis à vivre comme ça ?

    J’espère que tu ne prendre pas mal mes écrit. En aucun cas, je ne cherche à te descendre, j’essaye de comprendre. Comment on peut autant prôner le combat contre l’anorexie, et se laisser dépérir , ne pas évoluer physiquement. ? Je sais que le côté psychologique dans l’anorexie est très important, qu’il ne sert à rien de prendre 10 kg en se sentant énorme, mais là …

    Car comme l’a dit Blandine pesait 35,36,37 kg ce n’est pas vivable éternellement.

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  4. Chère Alexia,

    Ce que vous décrivez est tout simplement la misérable mais grandiose condition humaine: la petitesse et la vacuité de l’individu par rapport à l’immensité et la richesse/plénitude du monde; pour être passée par ces états psychiques et par l’anorexie, j’ai trouvée une certaine voie de salut dans la spiritualité; quelle que soit la croyance, la foi en une force transcendant les dualités permet de se détacher de cet apparent conflit et d’harmoniser tous ces ressentis; accepter l’anorexie comme une polarité à intégrer à la personnalité m’a permis d’en comprendre le message caché, tout du moins une partie car je ne comprends toujours pas le pourquoi du comment.

    Personnellement, j’ai souvent été déçue des thérapeutes frisant l’ésotérisme; j’ai fini par regarder à l’intérieur de moi-même; mais le chemin est long car au début, on ne voit que du vide; pour vous laisser une chance de découvrir quelque chose, encore faut-il accepter un poids non morbide, quitte à ce qu’il reste en deçà de la normale, afin de vous sentir en sécurité; bizarrement pour ma part, le poids est revenu presque tout seul, car j’ai voulu me laisser la chance, mais le combat intérieur est toujours présent, et j’ai fini par l’accepter; c’est une voie de compromis et je suis toujours heureuse de partager et d’évoluer au travers de blogs tels que le vôtre

    Bon courage !

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