De la difficulté de juger et d’être jugé sur des critères physiques.


On juge selon l’apparence : gros comme maigre on attribue des caractéristiques aux gens selon leur apparence physique.

Quelle difficulté que celle d’être réduit à une catégorie simplement parce que physiquement « on a l’air de », « on dirait que ».
Au risque d’en surprendre certain, tout n’est pas perceptible par de simples attributs physiques. Et c’est spécifiquement le cas dans l’anorexie.
Effectivement, si la silhouette amaigrie est le premier symptôme visible qui doit alarmer l’entourage au début de l’apparition de la maladie, il en va de même au moment de la guérison. S’il est facile et rapide de reprendre du poids quand le processus de guérison est enclenché, la rémission physique ne témoigne en rien de l’apaisement mental. Il serait donc absurde d’affirmer que, parce qu’une personne qui ne pèse plus trente-deux kilos, et qui, par conséquent n’a plus l’air physiquement malade, ne souffre pas psychologiquement des mêmes préoccupations qui la tourmentaient avant de rentrer à nouveau dans un jean taille 38.
La guérison mentale est bien plus longue et complexe que le rétablissement physique dont le médicament le plus efficace reste inexorablement la nourriture. Il ne suffit pas de manger pour réparer un cerveau endommagé par l’anorexie, pour déconstruire des modes de pensée ancrés, des mécanismes boulonnés, des obsessions enracinées.
Il est, par conséquent, extrêmement difficile de supporter, pour une personne qui ne souffre plus en apparence, les remarques qui peuvent être formulées par son entourage qui ont tendance à considérer qu’elle n’est plus malade. Si elle est plus joyeuse, moins introvertie, elle n’en est pas moins préoccupée par les mêmes obsessions, si ce n’est plus qu’avant, car elle doit maintenant aussi gérer de nouvelles difficultés telles que l’acceptation de son nouveau corps, une mésestime sans doute accrue, de l’hyperactivité, le regard interrogateur de ses amis/collègues qui change… Autant de réflexions, de changements qui nécessitent un certain temps d’acceptation, d’adaptation sans lequel la rechute peut être rapide. Effectivement, il n’est pas rare d’observer une rechute et donc une perte de poids après une guérison physique qui est notamment causée par une trop grande difficulté à assumer les changements engendrés par la reprise de poids. « Tu as bonne mine », « tu as des bonnes joues », « tu manges beaucoup ! » « bin alors, t’es plus anorexique ! », toutes ces remarques qui peuvent donner le sentiment à la personne malade qu’elle n’est plus légitime de souffrir et qui l’incite à exprimer et affirmer sa souffrance en se mettant à nouveau dans un état de danger physique, lequel, parce que préoccupant, attirera à nouveau l’attention de son entourage.

Vigilance donc à la fois du côté de l’environnement familial mais également de quiconque aurait tendance à juger sur de simples critères physiques (hé oui ! nous le faisons tous, moi y compris !).

Et surtout, du côté de la personne souffrant d’anorexie (ou d’un autre trouble, quel qu’il soit) à ne pas douter de ses choix : la guérison est la MEILLEURE décision que vous ayez prise. Aucun autre chemin ne doit être envisagé. Ne laissez personne vous faire douter ne serait-ce qu’une demie-minute que vous vous êtes trompée, que vous devez faire marche arrière et que l’anorexie est une solution pour exprimer quoi que ce soit !


2 réflexions sur “De la difficulté de juger et d’être jugé sur des critères physiques.

  1. C’est juste. 😉

    Parce que le commun des mortels n’a pas la capacité de voir au-delà du visible on est réduite a une représentation.

    Le paraître camoufle tellement de blessures ‘

    Pourquoi cet article ? 😉

    J’espère que vous atteindrez votre objectif.

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  2. C’est comme si tu avais lu dans mes pensees. Cela fait 8 ans que je suis malade, j’ai repris un poids normal depuis 3 ans environ et pourtant la maladie m’empeche encore de dormir parfois. Ca reste toujours une angoisse, une obsession dans un coin de ma tete meme si j’ai l’air de mener une vie parfaitement normale. C’est tellement long de guerir de cette salete. Le plus important c’est de ne pas abandonner. Sans sans rendre compte on fait un petit pas vers l’avant chaque jour.

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