La Rochelle – out of the comfort zone – round 1


Il y avait toujours une bonne excuse. Je prétextais toujours une bonne excuse. Le genre qui justifie que je n’ai pas le temps. Que j’ai mieux à faire. Que ce ne soit pas ma priorité. Procrastiner quand on a un mail à envoyer, un devoir à rendre ou un fichier à boucler avant la fin de la semaine n’est pas si grave que ça en à l’air bien que la situation puisse être inconfortable quand on sait que l’on doit faire ce truc mais qu’on ne trouve ni la motivation, ni l’envie de l’accomplir. 
Procrastiner quand il s’agit de commettre des actes qui participent au développement de notre épanouissement et, a contrario, déployer toute son énergie à en faire d’autres qui nous maintiennent dans un état de frustration permanente, là, ça devient sacrément embêtant. 

Et d’autant plus pesant lorsque l’on prend conscience que personne d’autre que nous ne nous empêche de : vivre, être heureux, profiter librement, légèrement, en pleine conscience et sans la moindre culpabilité. Mais pour autant persister dans la lamentation qui nous invite volontiers à reporter sur nos parents, nos amis, nos collègues et, tiens, pourquoi pas le chauffeur du bus, l’état de mal être et d’insatisfaction permanents qui gâchent prétendument notre vie. 

J’étais cette personne. Et sans doute le suis-je encore à certains moments. Celle qui se plaint d’être malheureuse, mais qui ne sait pas vraiment pourquoi. Celle qui s’apitoie sur son sort et s’en remet à une fatalité transcendante. Il va sans dire qu’il est évidemment bien plus confortable de blâmer autrui plutôt que d’assumer la responsabilité que nous sommes l’unique bourreau de notre propre vie. Mais si l’on garde à l’esprit qu’autrui n’est autre que moi-même et un autre moi-même grâce à qui je me comprends, je m’analyse, à travers qui je m’introspecte, me découvre et façonne mon caractère par comparaison au sien, en m’en remettant à autrui, je ne fais rien de plus que m’en remettre à moi-même. Certes, j’ai toujours la liberté de l’accuser de mes maux, de l’en tenir pour responsable, mais en agissant ainsi je ne fais que déverser sur lui ce que je ne m’estime pas capable d’affronter par moi-même. Or si autrui en fait de même avec moi et qu’il compte sur moi pour assumer et orienter ses choix, lequel de nous est véritablement responsable si nous agissons tous deux de manière à compter sur l’autre pour determiner notre vie ? 

Ayant analysé cette situation d’intersubjectivité et donc de dépendance relativement malsaine à mon entourage, j’ai instinctivement compris que ma liberté comme mon mal-être ne dépendaient en réalité ni des autres, ni de la fatalité, mais bien de moi. Nous en revenons toujours à la même personne, mais ne serait-il pas absurde de découvrir un jour qu’il faille en réalité pouvoir trouver la personne maîtresse de notre vie avant d’être véritablement en mesure d’y prendre du plaisir ? Quel serait l’intérêt pour un Homme venu sur Terre de devoir persévérer dans son être sous le commandement d’une autorité supérieure qui promulguerait pour lui les décisions qu’il doit prendre au cours de sa vie ? Et qu’en serait-il si nous-mêmes devions parallèlement être les gardiens suprêmes d’un autre supplémentaire ? N’avons-nous individuellement pas suffisamment à nous occuper pour mener à bien notre propre existence sans avoir en plus à nous charger de celle de ceux qui nous demanderaient, consciemment ou non, de prendre en charge certains aspects de la leur qu’ils ne parviennent à maitriser ? 

Partant de ce postulat, il devenait alors nécessaire pour moi de me prendre en charge afin de cesser de penser que je débusquerai mon bonheur au détour d’une rue, dans les jupes de ma mère ou dans la poche de ce type dégoulinant de sueur dans le métro. C’est donc ce que j’ai fait dès ma période d’examens finie. J’ai listé (j’aime beaucoup faire des listes ; je prends un tel plaisir à rayer les choses que j’ai faites) mes « empêchements ». Enfin plutôt devrais-je écrire les « prétendus empêchements » car il va de soi après ce que je viens d’écrire que de la même manière que je suis la seule responsable de ma vie, je suis également la seule à me mettre des barrières (et à me servir de cette prison que j’ai construite autour de moi pour justifier tout ce que je ne fais pas). Pour reprendre l’incontournable analogie du cadenas et des clés : je détiens le trousseau, et je suis la seule à avoir verrouillé les cadenas qui me maintiennent pieds et poings liés à mon-malheur-mon-anorexie-ma-tristesse-et-tout-ce-qui-va-avec. 

Après avoir listé ces choses qui me détournent des plaisirs, aussi simples soient-ils, qui pourraient éventuellement m’être accessible si j’avais ne serait-ce que l’idée de m’y autoriser, j’ai pu clairement analyser ce qui était véritablement en mon pouvoir d’effectuer. Il s’est ainsi avéré que douze des quatorze points de ma liste étaient accessibles en moins d’une heure si je me mettais en action. Plutôt simple n’est-ce pas ? Surtout après des mois is ce ne sont des années à me complaire dans l’idée que puisque je n’y arriverais de toute évidence jamais, autant ne pas seulement avoir l’ambition de le réaliser. 

Qu’ai-je donc fait ? J’ai pris le premier point, tout en haut de la liste, et je me suis mise en action pour l’accomplir afin de m’autoprocurer cette jouissance de pouvoir le rayer une fois que je l’aurai fait. Une chose. Une seule. Pas les quatorze en même temps. J’ai récemment compris l’importance de ne s’atteler qu’à une tâche à la fois afin de mettre toutes les chances de son côté pour la voir aboutir. Effectivement, entreprendre une demie douzaine de projets en même temps est particulièrement dangereux. 

Le premier danger consiste à générer de la frustration. 

La frustration de, premièrement ne pas avoir le temps de tous les mener à bien. La frustration, ensuite, de chacun, individuellement, ne pas les accomplir de telle sorte que leur finalité s’accorde avec l’idée que l’on s’en était faite. La frustration, enfin, de ne pas pouvoir rayer ne serait-ce qu’un seul point de la liste puisqu’aucun des projets entrepris n’a pu être concrétisé. 

Le second danger consiste à générer de la dévalorisation, qui n’est rien de plus que la répercussion nécessaire des dangers nés de la frustration. 

Paralysante, pour les trois points énoncés ci-dessus, la frustration entraîne inexorablement un sentiment de dévalorisation qui est sans cesse nourrit par la frustration de ne pas réussir. Réussir à commencer, réussir à avoir le temps, réussir à finir, réussir à respecter le temps que l’on avait programmé d’accorder à chaque point des quatorze que l’on a entrepris d’achever. 

En somme, le bénéfice de ne s’employer à n’effectuer qu’un seul de nos cinquante douze mille points (parce que, oui, je m’en suis tenue à quatorze mais c’était pour ne pas pré-générer la frustration-dévalorisation-pétrification d’être face à une, voire des listes gargantuesques dont la longueur serait à elle-même suffisante à me décourager d’essayer de réaliser seulement le premier point) est incontestable. 

Ce sont donc pour toutes ces raisons que, après avoir rédigé ma fameuse liste, j’ai décidé de me concentrer sur le premier point : voyager. 

Vaste projet n’est-ce pas que celui de partir. Car qu’est-ce que voyager sinon que s’évader de sa prison quotidienne, que percer la bulle hermétique de la zone de confort dans laquelle je m’enferme et m’astreins à tourner en rond, et que décadenasser les verrous solidement boulonnés. Mais c’est pourtant ‘objectif que je m’étais fixé en premier et je pense que s’il m’est venu si spontanément à l’esprit lorsque j’ai dressé ma liste c’est sans doute parce que c’était celui qui me faisait le plus de mal, celui qui me donnait le plus le sentiment d’être une incapable empêchée. Ce n’était certes pas le plus facilement accessible et encore moins celui que je rayerai avec le moins de difficultés mais c’est pourtant celui auquel j’ai décidé de m’attaquer en priorité. J’ai oublié tout le reste, j’ai mis de côté mes autres ambitieux projets, je me suis imposée d’interrompre le rythme frénétique de ma vie pour ne me consacrer qu’à l’achèvement de cet objectif. Ce que j’aime le plus avec l’idée de « voyager » c’est que c’est un projet sur le long terme que je peut rayer une fois, puis deux puis trois. Enfin autant de fois que je ferai un voyage, que je sortirai de ma zone de confort, que je m’autoriserai à me libérer de ma prison. Quelle jouissance que celle de pouvoir gribouiller ce mot, mettre des petites croix à côtés, faire une liste de tous les endroits où je suis allée, regarder les photos prises quand j’y serai allée, farfouiller dans ma mémoire les souvenirs que j’aurai fabriqué, toucher les objets que j’aurai ramené… Et avoir récolté tellement d’instants précieux dans mon esprit qu’il n’y aura plus la moindre place pour une quelconque pensée négative, un moment de doute, de mésestimé, de peur, d’angoisse. Je crois que remplacer le vide auquel m’astreint la maladie par de florissants souvenirs qui éclosent comme les bourgeons d’un arbre en fleurs au printemps peut être la solution pour rompre la dépendance qui me lie, m’oppresse, m’étouffe à l’anorexie. 

Convaincue que ma guérison est conditionnée par la détermination avec laquelle je m’appliquerai à agir concrètement contre mes démons, j’ai choisi d’être actrice de ma guérison et de concentrer mon énergie à achever la maladie en donnant vie à mes projets. 

Il me semble que la première étape du voyage, avant de savoir ce que l’on met dans son sac à dos, est de choisir une destination. J’ai donc pris la carte de France – oui, pour commencer, je n’allais pas déplier une map monde, soyons réalistes et pas trop ambitieux ! – et ai regardé quel était l’endroit accessible en voiture et où je pourrais voir la mer, m’oxygéner d’air frais, sentir le vent souffler dans mes cheveux et chasser mes pensées négatives, balayer mes angoisses incrustées dans les recoins de mon esprit. Un peu au hasard, mon regard s’est arrêté sur cette épingle en dessous du coude de la Bretagne. La Rochelle. Ca serait donc là que j’irai. Pas de tergiversation possible. Les tergiversations avec moi finissent toujours par une annulation parce que je me trouve une fois de plus de bonnes raisons pour me persuader que le choix que j’ai pris en était lui un mauvais. Et étrangement ce sont toujours les doutes que j’émets sur la décision que je prends qui pèsent plus lourd que la détermination initiale avec laquelle j’avais programmé de faire quelque chose. Doutes qui aboutissent inexorablement à l’avortement de chacun de mes projets auxquels j’essaye vainement de donner vie. Je m’étais psychologiquement préparée à devoir lutter contre les dizaines de « oui mais » que mon cerveau allait émettre automatiquement et avais par conséquent soigneusement élaboré une méthode de réfutation de chacun des arguments qui pourraient s’opposer à l’exécution de mon premier point. C’est donc après avoir congédié des arguments aussi peu convaincants que « le trajet représente une durée trop longue », « si ça se trouve la ville ne sera pas agréable », « il risque de pleuvoir » ou encore « ce serait du temps de perdu sur mes révisions du bac ou de préparation de l’oral de Sciences Po ». Avec un brin de lucidité, il ne me fut pas bien compliqué de trouver de quoi contrer ces pensées absurdes mais néanmoins venues naturellement dans mon esprit. Et je pense qu’il est primordial de les écouter, ces pensées. car si ce sont elles qui se manifestent le plus spontanément à ma conscience c’est bien que, à un moment, elles ont été légitimes voire nécessaires à ma sécurité et quand bien même elles paraissent aujourd’hui inadaptées si ce n’est contraires à ces nouveaux objectifs que je me suis fixés, je ne peux pas me contenter de les refouler en niant leur existence au risque de les rendre d’autant plus puissantes et convaincantes en période de doute ou en cas de faiblesse. Je me suis donc laissée traverser par ces interrogations intelligemment et avec une clairvoyance suffisamment grande pour me permettre de savoir que malgré tous les points d’interrogation qui venaient troubler mon esprit, je me devais de rester solide et résolue en gommant les cédilles renversées de ces questions pour ne laisser place qu’à des points finaux. Je partirai donc à La Rochelle. Point final. 

La destination étant désignée, il fallait désormais choisir la durée de mon séjour. Une fois encore il fut très tentant de réduire au maximum le temps d’insécurité que je m’autoriserais à m’accorder hors de ma zone de confort. Si j’avais pu faire l’aller-retour dans la journée et m’éviter d’avoir à passer une nuit hors de chez moi sans doute l’aurais-je fait. Mais il aurait été un peu décevant de prendre la décision de partir seulement pour une journée. Décevant pour moi personnellement de me dire que j’entreprenais un challenge que je ne relèverais qu’à moitié mais décevant surtout de ne pas avoir le temps de profiter de découvrir un environnement différent de celui que je connais tellement. Hors je souffre déjà tellement de n’avoir le temps de rien, de courir après chaque minute, de constater que les journées défilent sans que j’ai la satisfaction d’avoir véritablement accompli quelque chose de concret, qui va dans le sens de mes aspirations, qui participe de la réalisation des objectifs que je me fixe, qui s’accorde aux changements que j’aimerais voir se dessiner dans ma vie. Alors quel serait l’intérêt de planifier ce voyage où ma seule préoccupation devrait être justement de m’accomplir à travers l’accomplissement de ce désir en m’extrayant de la frénésie de mon quotidien pour n’avoir le temps de me consacrer uniquement et exclusivement qu’à sa réalisation si, de moi même, je m’imposais de le conditionner, de le borner par des contraintes de temps ? Une fois de plus, je me générerais une grande frustration qui m’empêcherait tout bonnement de profiter pleinement du temps que j’avais pourtant choisi d’accorder à ce voyage. Il serait bien dommage d’introduire de la contrainte dans un projet qui vise en lui-même à me permettre d’abolir la muraille que j’ai érigée tout autour de ma vie et qui me maintient captive avec moi, mes envies, mes désirs, mes aspirations et mes rêves figés, cristallisés dans mon esprit d’un côté et de l’autre du mur, la représentation de mes envies, mes désirs, mes aspirations et mes rêves inanimés qui n’attendent que d’être pénétrés par la vie, qui n’espèrent que de pouvoir être autorisés à prendre vie. Mais il y’a cette barrière massive et aveuglante qui nous sépare. Qui m’empêche les voir. Je les entends pourtant, ils savent eux aussi que je suis là, de l’autre côté du mur, à les concevoir, les façonner, les idéaliser. Mais malgré cet appétit chaque jour grandissant de vivre, cette faim dévorante de réaliser de nombreuses choses, je reste dans l’incapacité de m’autoriser à devenir cette grande femme, brillante, admirable, équilibrée et accomplie qui aurait suffisamment de force, et de courage pour enjamber la muraille, escalader le mur, s’affranchir de cette prison. Et plus mes désirs sont nombreux, plus je me sens dans l’incapacité de les réaliser car ils ne cessent de s’accumuler et leur conception me demande une telle énergie que la fatigue me paralyse et les condamne à rester eux aussi inachevés. C’est pourtant un véritable potager aux milles graines qui se développe dans ma tête, mais dont la sécheresse, le manque d’eau et de lumière, le contraigne à rester infructueux et stérile. Les pousses ne peuvent éclore dans cette terre sauvagement aride et malgré toute leur volonté de percer le sol pour entrevoir la lumière de la vie, elles manquent cruellement de cette nourriture fondamentale à leur développement. Il y a tant de choses que j’aimerais faire mais que mon état physique me réduit à ne pas accomplir. Je m’efforce de revendiquer mon pouvoir de décision quant au conditionnement de ma guérison, j’ai pourtant l’étrange sentiment que quelque chose m’échappe. Comme si la lumière dont j’éclairais mon potager était artificiel et que l’arrosoir grâce auquel j’arrose chaque jour mes plantations était percé. Je ne sais trop si je dois accepter de laisser mon sol en jachère, ou bien si il serait préférable que je déplante mes graines et les mette en terre ailleurs, peut-être encore aurais-je meilleur compte d’acheter un système d’arrosage automatique afin de m’assurer que l’approvisionnement en eau sera correctement effectué. Quelle que soie la décision que je choisisse, il faut nécessairement que j’opte pour l’une d’elles afin de mettre un terme à cet état d’attente qui est terriblement frustrant – on en revient une fois de plus à la frustration. J’ai comme le sentiment d’être perdue dans ma vie, dans l’attente de quelque chose, d’un au-delà, d’un mieux, d’un différent. Mais dois-je persister à l’attendre ou faut-il nécessairement que je me mette en mouvement pour le débusquer ? D’après les nombreuses lectures que j’ai pu faire sur ce sujet, à savoir attendre que le ciel se dégage ou prendre ses pinceaux et peindre un nouvel horizon, il semblerait que la passivité de l’attente n’aboutisse à rien de très constructif et que malgré la confiance que l’Homme doit avoir en la vie et en sa capacité à s’accorder à nos aspirations en nous offrant des opportunités justes et adéquates à nos désirs, il faille pourtant agir pour soi, et ne compter de manière indubitable que sur sa seule force d’action à persister dans son propre accomplissement. J’aurais pourtant aimé croire qu’il « suffit de vouloir pour pouvoir » mais force est de constater que parfois malgré une féroce volonté, celle-ci n’offre aucun pouvoir d’agissement concret ou accordé à mes aspirations, il me semble compliqué de laisser reposer l’exécution de mon bonheur sur ce seul postulat.

C’est en l’occurence la conscience de mon pouvoir de décision qui m’a permis de renforcer ma volonté d’action. Et il était nullement question que mon pouvoir de décision soit lui même orienté par une quelconque force supérieure, transcendante ou divine qui m’aurait incitée à réduire la durée de mon périple. Il faut que je me mette en danger pour ne plus considérer la sortie de ma zone de confort comme une épreuve. Et il faut que le risque soit suffisamment grand pour que la fierté que me procure le fait d’accomplir ce défi soit à la hauteur du risque pris, mais pas trop non plus pour que je puisse, de cette expérience, me prouver à moi-même que je suis parfaitement en mesure de le faire et donc que j’aie envie de la renouveler. Périlleuse décision que celle de décider, dévaluer, de jauger ce qui me rassasierait sans pour autant m’écœurer. J’ai donc jugé que pour la première fois (la dernière remontant à l’été dernier) il serait raisonnable d’opter pour deux nuits et trois jours. Cela me laisserait le temps nécessaire pour, d’une part, découvrir La Rochelle sans être frustrée de ne pas avoir pu tout faire, tout voir (bien qu’il ne serait pas possible de « tout faire, tout voir » en trois jours, je ferai mon maximum pour me nourrir de tout ce qu’à à m’offrir cette ville de laquelle on m’a dit tant de bien (et qui fait surtout partie du « Top 100 des plus belles villes de France » que j’ai trouvé sur google ! ). 

Le lieu, la durée… Il me semble bien avoir les deux critères primordiaux et nécessaires à la réalisation du premier point de ma to-do list de rêve. Peut-être me manque-t-il encore la date du séjour. Oui voilà, et après je n’aurais plus qu’à chercher un airbnb (vive l’ubérisation de la société !) et, cette fois-ci, la seule tergiversation sur laquelle il faudra que je me penche sera les vêtements que je mettrai dans mon sac à dos…! Plutôt facile n’est-ce pas ? Comme quoi… Quand on a décidé que l’on a le pouvoir de vouloir, il ne suffit plus qu’à agir en fonction de notre volonté ! 

Par chance, j’ai rédigé ma liste avant que ma période de bac blanc, qui se déroule une semaine avant les vacances de Pâques, ne commence. Ce qui signifie que je pourrai mettre mon plan en exécution dès que ces examens seront finis et que je n’aurai à m’occuper de rien de plus que de prendre mon temps, me reposer, profiter des beaux jours du Printemps qui pointent le bout de leur nez ! Je n’ai décidément plus le moindre argument à opposer à la concrétisation de mon « voyage ». Dimanche soir, et en quelques clics, la réservation de l’appartement était faite, lundi j’ai planché durant quatre heures sur ma dissertation de philosophie « L’ignorance est-elle une excuse ? », mardi, de nouveau quatre heures le matin de bac blanc d’histoire-géographie, deux heures pour la littérature l’après-midi et… tout juste ai-je eu le temps de me réjouir d’être en vacances, que, mercredi matin, Maman et moi étions dans la voiture en direction de La Rochelle ! Tout est allé si vite que je n’ai eu, ni le temps de faire une crise d’angoisse-de larmes-de stress- de dévalorisation, comme à mon habitude pour le bac blanc, ni une crise d’angoisse-de larmes-de stress-de doute-de remise en question-de renonciation pour le séjour qui arrivait. Autant dire que, comme tout était parfaitement organisé, mais surtout que moi, Alexia Savey, en mon nom et en pleine conscience, j’avais pris cette décision, je n’avais tout simplement pas envie de la soumettre au moindre questionnement. Ma nature péremptoire déteste être contredite alors il va sans dire qu’être contredite par moi-même relèverait de l’incohérence la plus totale ! 

Après cinq heures de route à alterner entre France Culture, conversations philosophiques avec Maman, petit assoupissement (pour moi bien sûr !), lecture de la page Wikipédia de La Rochelle, et pause pipi sur l’autoroute nous voilà arrivées à ses abords abords et déjà émerveillées, après 470 kilomètres de collines, de champs de colza et de ciel bleu, par les tours du Vieux Port, les petites ruelles escarpées et enchevêtrées et surtout, l’air frais de l’océan quelle n’avais pas respiré depuis… au moins deux ans ! 

Et les réjouissances ne s’arrêtent pas là. Quel bonheur de trouver une place où se garer à deux pas de notre appartement lui-même situé en plein cœur historique de la ville, de voir l’amabilité des conducteurs Rochelais qui s’arrêtent au passage piéton, tout sourire, pour nous laisser traverser ou encore des commerçants qui ne sont pas hostiles à nous, Parigots têtes de veau, et nous accueillent chaleureusement ! Ah… Il semblerait que du climat environnant s’exhale une douceur de vie qui anéantit les préoccupations habituelles. Pas un instant je me suis demandée si la ligne 13 était interrompue à cause d’un malaise voyageur qui ferait que je serai en retard à mon rendez-vous et devrai courir pour attraper un taxi… Etrangement, aucune de de mes angoisses ne se sont manifestées alors que, aujourd’hui, avec un soupçon de recul, je me dis que j’en aurais eu sacrément des raisons de paniquer. Parce que je n’étais pas chez moi, pas dans ma cuisine, dans mon lit, dans ma salle de bain, avec mes aliments, mes casseroles… Préoccupations futiles n’est-ce pas ? Certainement pas pour moi qui ai besoin de ce cadre rassurant, de cet environnement stable et apaisant pour mener à bien mon combat contre la maladie et sans quoi, comme une danseuse à qui l’on demanderait de monter sur scène avec des pointes qu’elle n’a pas eu le temps d’assouplir, ou un tennisman qui ne se serait jamais entrainé avec sa raquette pour vaincre Nadal à Rolland Garros, je me sens dans l’incapacité la plus totale de monter sur le ring de boxe. 

Mais pourtant, j’ai réussi à surmonter toutes ces difficultés au cours de séjour et à faire abstraction de mes angoisses car je ne voulais pas avoir le moindre regret. Je ne voulais pas me souvenir de ces deux jours comme deux jours en enfer, deux jours cachés par la maladie parce que j’aurais été obsédée par l’alimentation, par mes pensées dévalorisantes, mes angoisses dévorantes. Je voulais faire les choses bien et pouvoir être fière de moi quand, une fois rentrée à la maison, je me souviendrais de ce voyage. Je retrouverais bien assez tôt mon quotidien, il fallait nécessairement que je m’autorise à profiter de la légèreté de cette parenthèse enchantée. Je voulais être une personne normale, ni plus ni moins qu’une jeune fille en vadrouille avec sa maman à la découverte d’une ville pendant les vacances scolaires. 

Et ce fut bien plus simple que la gigantesque appréhension que j’en avais. Car finalement, je n’ai eu qu’à me laisser bercer par l’air ambiant. Je n’ai pas eu besoin de résister à la vie. Car c’est résolument ce que je fais quotidiennement quand je mène ce rythme de vie à la maison. Je m’oppose à ma nature profonde en m’imposant de respirer dans la pollution étouffante de la maladie. Ce n’est pas moi, et si ça l’a été un jour, ça ne l’est plus. 

Alors, bien évidemment, je ne pouvais pas rattraper en deux nuits et trois jours des années de suffocation, de contraintes, et d’empêchement, mais mon escapade à La Rochelle m’a permis de reprendre non seulement confiance en la vie, mais surtout en ma capacité à œuvrer pour mon bonheur. Il ne s’agissait pas de m’interroger sur la dignité de mon bonheur, si je méritais d’être heureuse mais bien d’affirmer ma capacité à me permettre d’y accéder. Jusqu’à ce que j’aille à l’encontre de mes empêchements, je restais intimement convaincue que je n’avais pas véritablement la possibilité de m’opposer à cette fatalité : j’étais comme condamnée à être frustrée, vulnérable et malheureuse. Mais en réalité, et bien au-delà de l’aspect plaisant du voyage, je me suis démontré que si j’entreprenais un projet qui participait de mon épanouissement et que je mobilisais toutes mes ressources pour le concrétiser, et par conséquent que je n’allais pas moi-même à l’encontre de sa réalisation en lui opposant des prétextes qui le condamnaient à l’échec, et bien son aboutissement était assuré. La voilà, la recette du bonheur. 

Il y a, durant ces jours, bien sûr eu des instants de doute, mais jamais la panique n’a engloutie ma volonté de profiter et toujours j’ai su opposer à l’angoisse des arguments en faveur de mon envie profonde : celle de ne pas laisser ma maladie peser plus lourd dans la balance. 

C’est donc avec une immense fierté que je peux aujourd’hui revendiquer qu’après d’innombrables vacances lamentablement gâchées, interrompues voire annulées, j’ai réussi à être joyeuse, légère, insouciante. A vivre. Je crois que c’était ça. Juste ça, mais tout ça, en même temps. 
J’ai hâte de renouveler l’expérience et d’avoir rayé cent fois le mot « voyage », ce qui signifiera que j’aurais visité toutes les villes recommandées par mon super guide… Il me restera ensuite à prendre le « top 100 des plus belles villes d’Europe », et viendra ensuite… celui des plus belles villes du monde ! #staytuned 
En attendant, découvrez les images de mon séjour à La Rochelle… IMG_5698IMG_5697IMG_5690IMG_5592IMG_5601 

    
    
    
   

  

  

  


7 réflexions sur “La Rochelle – out of the comfort zone – round 1

  1. C’est toujours un grand bonheur de lire tes billets. En effet, nous dommes les premiers responsables de notre bonheur (et de notre malheur aussi du coup !!). Mais c’est tellement plus facile de remettre la faute sur les autres, d’être exigeant avec eux (cela n’empêche pas de l’être aussi excessivement avec nous-même)… :-/ Je n’ai encore jamais visité La Rochelle mais j’aimerais. 🙂

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  2. C’est un tres bel article… Petits mots semés de petite poucette. Pour nos mémoires. Quand tout ça sera bien loin et que tu auras rayé le point Voyage au moins 100 fois de ta liste. Je suis fière de t’avoir conduit, accompagné et d’avoir assisté à ce petit miracle. (Combien de fois t’ai je dit « pince moi je dois rêver »).
    La zone de confort n’est parfois pas forcément celle qu’on croit. Sois fière de toi aussi.
    Te quiero chica guapa

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  3. On dirait presque un cours de philo ! Cela me ramène loin en arrière.

    C’est joliment analyse.

    « Je ne voulais pas me souvenir de ce voyage comme deux jours cachés par la maladie » => lapsus ?

    Pensées affectueuses

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