Depuis quelque jours j’achète le journal. Aujourd’hui en France, Le Figaro, Le Parisien. Je l’ouvre, le plie, le déploye, le replie sous mon bras au fil de la journée. J’y jette un oeil à l’interclasse, pendant la récréation, lorsque je prends le bus ou au retour du lycée.
Jeudi midi, alors que je déjeunais, le journal étendu devant moi sur la table à cheval entre mon ordinateur et mon assiette, mon regard s’est posé sur ce titre « Etre maigre était ma seule valeur ».
Nul besoin d’explications supplémentaires pour comprendre quel était le sujet dont traitait le quotidien dans la rubrique Société. Le même qui sera également évoqué ce soir dans Sept à Huit. Celui de cette maladie mentale que je connais trop bien. Avec pour seule différence que l’anorexie sera explicitée et dénoncée à travers l’expérience d’un jeune fille qui l’a subie influencée par son milieu professionnel : le mannequinat.

Mon envie et ma jalousie, qui avaient déjà été attisées jeudi à la lecture de cet article, se sont renforcées lorsque j’ai entendu ce midi, toujours devant mon assiette, son intervention prochaine à la télévision.

J’aurais pu envier la promotion qui est faite pour son livre, le fait qu’elle puisse s’exprimer sur ce sujet qui me tient tant à cœur ou encore, parce qu’elle à la chance d’être interviewée par Harry Roselmack, le fantasme de mon enfance.

Mais en réalité, ce qui m’a profondément troublée a été de réaliser qu’elle savait pourquoi. Ou du moins pour qui.

Pourquoi les calories. Pourquoi la maigreur. Pourquoi la maladie. Pourquoi l’obsession. Pourquoi la dévalorisation. Pourquoi la destruction. Pourquoi l’anorexie. Tous ces pourquoi qui restent, pour ma part, sans réponse.

Cette jeune femme dénonce les causes qui l’ont contraint à se tourner vers l’anorexie pour répondre à cet idéal, purement imparfait, exigé par les podiums. Elle avait de « bonnes raisons », elle, de plonger dans le tunnel de la mort. Je n’irais pas jusqu’à dire que la mode légifère l’anorexie, mais elle rend davantage compréhensible pourquoi infliger un tel supplice à son corps. S’imposer de manger trois pommes par jour peut s’avérer concevable, mais pas pour autant admissible, quand les agences exigent d’une femme qu’elle glisse impérativement son squelette dans un 32.

La nécessité de la maigreur, intelligible, quand l’obsession des kilos provient d’une autorité supérieure,

Mais que faire quand rien ni personne n’exige cela de vous ? Quand rien ni personne n’attend de vous que vous vous décarcassiez à provoquer votre mort sourde et lente ? Comment expliquer qu’un psychisme seul puisse œuvrer à la destruction impitoyable et résolue, non pas seulement d’un corps, mais d’une personne tout entière ?

Je ne comprends pas. Je ne sais pas pourquoi. Je constate désabusée que je vais mieux mais que je ne m’en sors pas. Alors je m’interroge pourquoi. Qu’est-ce qui m’attire, qu’est-ce qui m’obsède à l’idée d’être maigre ? Pourquoi n’est-ce jamais assez alors que je suis déjà en danger ?

En parler ? Oui, mille fois oui, pour limiter au maximum tous les cas d’anorexie qui se déclarent pour répondre à une idéologie.

Mais que faire des autres ? Comment aider celles et ceux qui sont victimes et bourreaux à la fois ? Quel loi pour protéger les ados qui, comme moi, ne savent pas pourquoi ?

http://lci.tf1.fr/sept-a-huit/videos/la-minute-sept-a-huit-il-fallait-qu-elle-entre-dans-du-32-ex-mannequin-8704393.html


6 réflexions sur “

  1. Très touchant ton article… je me reconnais dans toutes les questions que tu te poses: pourquoi? pourquoi moi? comment? … mais au final l’essentiel n’est-il pas d’aller de l’avant? Il n’y a pas de « bonnes » ou « mauvaises » raison de tomber dans l’anorexie (oui je dis « tomber » car c’est la maladie qui nous choisie et non nous qui voulons d’elle!) Elle est là, bien présente en nous et l’important est de se demander plutôt: « comment puis-je m’en sortir? » Plein de courage et de force ma jolie 😉

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    1. Depuis que tu m’as écrit ce message ma belle Julie, j’ai changé la question. J’ai abandonné les pourquoi incessants et sans réponse pour me poser la bonne question, celle qu eue peux espérer un jour résoudre : « Comment puis-je m’en sortir ? » et depuis, chaque chose que je fais quotidiennement est bordée par cette question.
      Je t’adresse toutes mes plus tendres pensées.
      Alexia

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      1. oh ptit coeur si tu savais comme je suis heureuse et touchée de lire un tel commentaire… Je suis ravie d’avoir pu faire avancer ne serait-ce qu’un peu ta démarche vers la guérison… tu sais ton histoire me touche beaucoup car je me reconnais dans tes paroles et surtout parce que j’admire l’énergie que tu déploies chaque jour et les projets que tu mets en œuvre pour te sortir de la maladie parce que je sais qu’il en faut un sacré courage pour ça! tu es une vrai battante et si je peux faire quoi que ce soit pour toi alors je n’hésiterai pas … ❤

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  2. Continue à te poser et poser des questions, c’est important, les réponses viendront. Souvent ce qui a aidé à enclencher la maladie au départ n’est pas ce qui maintien la condition, voilà pourquoi ta démarche de réflexion a une grande valeur. Souvent, même si ce n’est pas facile, faire un bilan de maintenant, les besoins, les barrières, les nécessités, ça peut aider à se projeter dans l’avenir et faire de petites actions au quotidien pour se sentir de mieux en mieux et reprendre le dessus sur la maladie. En espérant que ces mots te seront de réconfort.Ta démarche est très honorable. Bravo 🙂

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    1. J’espère que l’attente ne sera pas trop longue. Mais je m’accroche aux messages comme les vôtres pour y croire. Pour garder espoir que la fin du tunnel noir est proche.
      Au plaisir d’échanger,
      Alexia

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