– VIOLENCES FAITES AUX FEMMES : TEMOIGNAGE A COEUR OUVERT –


Je n’étais pas une adolescente. Encore moins une femme. Sans doute une enfant un peu trop insouciante. Mais ce sont pourtant ces violences physiques que ces garçons m’ont infligées. Les mêmes que celles que l’on condamne aujourd’hui lorsqu’elles sont commises sur des femmes.

Nul besoin de chiffres alarmants, pas non plus de statistiques pétrifiantes qui suscitent notre indignation mais renforcent aussi notre impuissance face à la menace permanente de ces violences. Nous le savons, et ce, depuis la nuit des temps : les femmes en société comme à la maison n’ont pas le même statut que le sexe opposé.
Les femmes sont faibles. Les femmes sont nulles. Les femmes sont bêtes. Improductives. Jalouses. Susceptibles. Idiotes. Connes. Stupides.
Les hommes ont-ils eu un jour à mener un quelconque pugilat pour leur liberté sans condition ? Leur droit de pensée, de parole, d’être, sans restrictions ?
Le combat des femmes pour s’affirmer en tant qu’être humain non pas supérieur mais juste égal est au cœur de l’actualité : cinéma, publicité, ouvrages… Quel que soit le mode d’expression, le combat est mené sur tous les fronts.
Parce qu’être femme au XXIe siècle peut s’avérer aussi handicapant qu’être un mannequin un peu trop rond.
Et c’est sur cette prétendue vulnérabilité que le sexe « fort » s’octroie le droit d’affirmer sa supériorité sur celles qu’il estime faibles par principe, par convention.

Je ne suis pas radicaliste ou féministe. Juste réaliste.

J’ai été soumise à cette domination à l’âge de huit ans dans la cour de récréation. Sans doute est-ce l’âge pour les garçons où leurs hormones et leur curiosité sont en ébullition. Les jupes courtes des petites filles qui jouent à la corde à sauter au fond de la cour de récré. Les professeurs assis sur des chaises à discuter autour d’un café. Je faisais partie de ces enfants insouciants qui rient aux éclats bercés par le doux air du printemps. Ces enfants qui ne réalisent pas toujours l’ampleur des jeux qu’ils trouvent pourtant amusants.
Je n’étais pas très populaire. Un peu trop intelligente. J’avais pour seuls copains mes « T.B. » trois fois soulignés et mes 21/20. Alors quand les garçons m’ont proposé de jouer avec eux, alors que toutes les filles de la classe avaient refusé, je n’ai pas hésité longtemps avant d’accepter. Ils m’avaient promis d’être mes copains si je me laissais faire et que je ne disais rien.
Alors j’ai fermé la bouche et écarté les cuisses.

C’étaient les règles du jeu. Moi je les ouvrais, eux me cognaient.

A cet endroit que personne n’avait jamais touché. A cet endroit où je n’aurais dû laisser le droit à personne de toucher.
Mais leurs poings m’ont frappée. Ces coups qui résonnent encore dans mon corps, au cœur de ma féminité. Ceux qui m’ont très probablement incitée à rester paralysée à cette période de ma vie, dans mon enfance traumatisée, meurtrie par la blessure des coups portés.
Le silence auquel je me suis soumise pour taire et excuser les gestes qu’ils avaient commis m’a vraisemblablement condamnée à grandir mentalement dans ce corps d’enfant dont je ne parviens à me débarrasser.

Ils ont été désignés coupables, malgré moi, d’avoir porté atteinte à mon intimité. Je ne voulais pas les dénoncer. Je ne voulais pas trahir l’amitié qu’ils m’avaient confiée. Je ne réalisais pas ce qu’ils m’avaient fait et les répercussions qu’auraient les gestes de ce jeu dangereux.
Aujourd’hui je comprends parce que les séquelles restent ancrées dans mon corps. Parce que j’entends encore leur rire, je sens encore leurs coups qui s’intensifiaient par le plaisir qu’ils éprouvaient lorsqu’ils me touchaient.

J’étais enfant. Je me suis tue.

Vous êtes adultes. Si vous êtes battues, n’attendez pas qu’ils vous tuent.
#3919


2 réflexions sur “– VIOLENCES FAITES AUX FEMMES : TEMOIGNAGE A COEUR OUVERT –

  1. Coucou ma belle
    Ton témoignage est juste bouleversant… je l’ai lu dans le tram et les larmes sont montées.
    Je te suis depuis un bon moment déjà dans ton combat contre l’anorexie et déjà je trouvais que tu étais une battante (surtout depuis tes défis food ).
    Là je m’aperçois que tu es plus que ça :tu es une survivante de la cruauté de certaines personnes, tu es une guerrière.
    J’imagine que cette épreuve n’est pas innocente dans l’apparition des TCA.

    Je souhaite de tout coeur et le plus sincèrement du monde que tu te reconstruises sereinement…

    Amicalement
    Élisabeth

    J'aime

Un mot de soutien ? Une parole reconfortante ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s