Comment trouver le juste équilibre entre sensation d’être mal aimée et crainte d’être dévorée ?


Admiratif, possessif, froid, tendre, indifférent, dévorant, attendrissant, exterminant. Le regard maternel joue un rôle primordial dans le comportement de celle qui souffre d’anorexie. Qui souffre d’en souffrir et qui souffre d’avantage de faire souffrir de sa souffrance débordante et envahissante.

La relation que j’entretiens avec ma maman a toujours été conflictuelle. Un amour sans demi teinte. Toujours aux extrêmes. Incontrôlable besoin l’une de l’autre. Et soudaine envie de se déchirer. Comment expliquer qu’un amour si fort puisse faire autant de mal et être au coeur de tant de troubles ? Comment dire sans blesser, sans mentir, qu’un amour est empoisonné ? Comment exprimer à la personne que l’on aime le plus au monde, à cette femme qui m’a donné la vie que l’amour qu’elle me donne me fait du mal ? Sans risquer d’être encore plus mal aimée. Mal menée. Cette peur irrépressible de lui dire que l’on ne sera jamais heureuses, ni elle, ni moi. Que l’on ne peut être heureuse en faisant perdurer cette relation malsaine et destructrice. Je voudrais qu’elle accepte que l’on se fasse aider. Toutes les deux. Pour apprendre à mieux s’aimer et cesser de se déchirer. De se dévorer. Mais je sais déjà ce qu’elle me dirait. Que ce n’est pas le problème. Que ce n’est qu’un prétexte.N’existe-t-il pas des spécialistes ? Réparateurs de coeurs brisés ? D’amour mal exprimé ?
Je me suis toujours dit que je ne voudrais pour rien au monde que la relation avec ma maman ressemble dans dix ans à ce genre de familles que l’on peut rencontrer, parfois, où les enfants ont coupé les ponts avec leurs parents. Parce qu’ils ne s’entendent pas, se comprennent pas. Qu’ils n’ont plus rien à se dire. Et pourtant, plus les jours passent et plus je me dis que c’est ce vers quoi tend notre relation mère-fille. Cette incompréhension qui crée la rupture définitive. Est-il trop tard pour rectifier le tir ? Est-il trop tard pour espérer regagner confiance en ma maman ? Pour ne plus avoir peur d’elle ?
Pourquoi accorder tant d’importance au regard qu’elle porte sur moi ? Pourquoi laisser reposer tant d’influence à sa vision ?

La séparation est-elle inévitable ? Ou plutôt serait-elle indispensable ? Tout est-il à refaire ? A reconstruire, pour qu’un amour sain puisse renaître ? Si seulement j’avais eu un père. Une figure paternelle qui puisse me sauver de cela. Qui puisse m’aider à grandir. A ne pas avoir peur de devenir quelqu’un. De me détacher de ma maman. D’être quelqu’un d’autre qu’elle. Un père qui nous aurait aidé à couper le cordon. A me libérer de la prison que l’on a bâtie toutes les deux autour de moi. Se dépareiller, sans craindre les représailles redoutables.

Quand on a du supporter l’insupportable, il est difficile de renoncer à faire accepter l’inacceptable.

Alors j’ai décidé de ne plus manger. De devenir transparente. Pour que l’on me voie davantage. Que l’on entende que je souffre. Que j’ai mal. C’est en m’effaçant, en me soustrayant de la vie que j’ai trouvé le moyen de m’affirmer. De devenir quelqu’un. J’ai cherché le meilleur moyen de me différencier. De me démarquer. De trouver mon identité. J’ai arrêté de manger. J’ai toujours eu mal. Les plaies n’ont jamais cicatrisé. Seulement un jour, j’ai trouvé le courage de le dire en cessant de m’alimenter. Et quel courage que celui de vouloir mourir pour dévoiler au monde entier que ma seul volonté était de vivre.

Alors si quelqu’un a en sa possession un autre moyen de vivre que celui de mourir… Je suis preneuse.

Maman, si tu me lis, ne m’en veux pas.


3 réflexions sur “Comment trouver le juste équilibre entre sensation d’être mal aimée et crainte d’être dévorée ?

  1. Bonjour
    Ton billet et très dur mais en même temps tellement vrai… Hélas dans beaucoup de cas d’anorexie, bien que maintenant cette théorie selon laquelle la relation mère /fille serait une des causes est de moins en moins retenue par les psy, c’est qd même souvent le cas (le mien également ).
    Il y a évidemment la solution que tu évoques et je pense que ce peut être un début, d’une thérapie où vous seriez toutes les 2. En effet, un professionnel peut lui expliquer cette maladie et les comportements les plus adéquates face à ton démon.
    Pour ma part, mon frère ne comprenait absolument pas mon anorexie et je lui ai proposé de m’accompagner à une séance chez mon psy afin de lui en apprendre davantage sur cette maladie et depuis il me comprend et m’aide.
    Maintenant une autre solution peut être envisageable : celle de mettre un peu de distance entre ta mère et toi mais SURTOUT ne pas couper les liens entre vous 2.
    Serait ce possible d’effectuer ta prochaine année scolaire dans un internat ou même peut être à l’étranger?

    Mais surtout ma belle, ne perds pas le moral… tu sais cette saloperie de maladie ne doit pas gagner! !!
    J’espère que tu trouveras une solution
    Courage Alexia

    Bises
    Élisabeth

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  2. Ma belle ton message me déchire. Comme Élisabeth, je pense que la meilleure des solutions est une séparation, même temporaire. Que tu ailles en internat, ou chez quelqu’un que tu connais et en qui tu as confiance. Parce que cette relation va vous détruire toutes les deux. Vous avez besoin d’air, d’un peu de distance. Cela ne signifie pas ne plus vous aimer, mais apprendre à vous (re)construire l’une sans l’autre. Je suis de tout Coeur avec toi la belle. Bats-toi, la vie en vaut tellement la peine

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  3. En fait, il ne s’agit pas de « couper les ponts », mais de produire une rupture. La rupture est nécessaire, car cette relation fusionnelle et mortifère que vous décrivez est hors de toute temporalité. Elle est la reproduction du même, de l’éternelle grossesse, de la non séparation. La rupture, qui peut et doit durer quelques années est là, justement pour redonner du temps aux êtres. Il ne faut vraiment pas s’affoler d’un froid, d’une distance parents-enfants entre, disons 20 et 40 ans de l’enfant. Ce sont 20 années de reconstruction des parents, de construction de l’enfant. Ensuite, on se retrouve. Tout le monde est plus vieux et c’est pour cela que ça va mieux. Car les enfants sont devenus parents à leur tour, et les parents grands-parents. Les vieilles choses disparaissent peu à peu et de nouvelles relations s’installent, pratiquement entre « vieux », on se comprend mieux, on se respecte mieux aussi. Cette rupture, faîtes-là, pour de vrai. Car l’anorexie est déjà appelée par les spécialistes une « conduite de rupture » (tout comme la drogue, les TS, les scarifications…). Faîtes une vraie rupture, vivez votre vie à vous et vous allez vous en sortir.

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