L’évolution ne connait pas de marche arrière.


Je suis dans mon lit. Blottie sous ma couette. Dans le noir. Je ne pense à rien. La musique que j’écoute me fait tout oublier. Mais j’ai peur. J’ai peur. Peur que quelqu’un vienne déranger ma paisible tranquillité. Je suis effrayée. Effrayée.

Par maman. Par ma sœur. Par mon papa. Par les personnes qui me connaissent. Qui savent tout de moi. Et ceux qui ne savent rien aussi. Ce matin je suis une plante carnivore. Depuis hier un Bernard l’Hermite. Depuis toujours une coquille Saint-Jacques. Je reste fermée. Je n’ose parler. Prostrée. Je ne peux plus bouger. Je suis tétanisée. Je vais m’effondrer. Je vais me casser la gueule. Je vais tomber. Alors je préfère m’isoler. Pour que mes idées noires puissent s’en aller. Mais la vérité c’est que je n’y crois plus. Je suis désespérée. Plus les jours avancent, plus les arbres sont en fleurs, plus il fait, il fait chaud. Moins je suis heureuse. Je creuse. Je creuse un trou. À des centaines, des milliers, des kilomètres sous terre. Je me mets en position du fœtus. Recroquevillée. Je n’ose plus bouger. Terrorisée. Hitler pourrait diriger le pays. Les attentats du 11 septembre pourraient se dérouler sous mon nez. Il pourrait il y avoir Jude Law dans mon lit. Le désert pourrait devenir glacial. L’Amazonie pourrait être dépourvue d’arbres. L’Afrique pourrait devenir le pays le plus riche de tous les temps. La terre pourrait s’arrêter de tourner. Je pourrais disparaître.

Qu’importe. Je m’en moque. Je suis juste triste et malheureuse. Je me dis toujours qu’avec un peu de volonté. Tout est possible, anything can happen in this fucking world. Mais quand on y crois plus. Quand le bonheur, la vie ne font que s’éloigner. Comme si la passerelle sur laquelle je suis ne faisais que s’allonger. S’étirer. Je ne vois plus le bout. Brouillard. Pluie. Tempête. Aucune visibilité.
Je suis au fond du gouffre. J’ai espoir que c’est en touchant le fond que l’on repart de plus belle. J’espère. Je voudrais que quelqu’un m’éclaire. Que quelqu’un soit devant moi. Que quelqu’un me tienne la main. Que quelqu’un me guide. Me dicte le chemin à suivre. Sans passer par les raccourcis. Souffrir. Marcher. Se battre. Parcourir, des kilomètres. Des giga mètres.
Mais tout cela n’est que rêve. Je n’y crois plus non plus.
J’ai appris que je ne pouvais compter que sur moi. C’est vrai.

Quand on a une fracture, une jambe cassée. Une béquille nous soutient, quand on pèse trente-et-un kilos on reprend du poids. Mais quand un train déraille on ne le remet pas sur les rails. Et bin moi. C’est pareil. Si je veux vivre. Si aujourd’hui j’ai décidé que tout pouvait changer. Que je m’autorisais à vivre pour moi. Pas pour maman. Pas pour les autres. Juste pour moi. (Crois-tu qu’il faut me jeter par la fenêtre, comme on jette une cigarette ?) Que j’accepte tout ce qu’il vient. J’accueille. Sans analyser. Sans calculer. Que je décide de défaire la pelote de laine pleine de nœuds. Que j’accepte d’ouvrir ma coquille. Que je devient une plante. Une belle plante. Juste verdoyante. Éblouissante. Rayonnante. Que j’arrête de mordre. De me replier sur moi même dès que quelqu’un m’approche. M’écrire. À moi pour moi. Je me fait du bien, je temporise. Je maîtrise. Et de jours en jours, je réalise que la tour de Pise que je suis, se redresse. Les travaux sont longs pour remettre sur pieds, moi, un monument. Quelque chose qui es là depuis l’éternité. Bien fixé. Bien boulonné. Ancré dans l’histoire. Mais ce n’est pas mission impossible. Je déteste ce mot. Il y a toujours une solution. Une issue. Tout n’est pas figé dans le temps. Le livre est vierge. Les pages ne sont pas encore écrites. Le stylo est en main, mais rien n’est écrit. Tout peu changer. Du jour à lendemain. Je ne crois pas en toi. Toi, là haut. Ainsi. Je sais que j’ai les cartes en main. Que je suis maîtresse de mon destin. Que toi tu n’y es pour rien.
Non ce que j’ai fait hier. Ce n’est pas de ta faute.
Hier j’ai fait une crise de panique. Incontrôlable. Je suis impardonnable. Détestable.
Tu le sais sans doute déjà, mais j’ai besoin de l’écrire. Pour apprendre. Pour comprendre. Peut être vais-je me surprendre.

 


9 réflexions sur “L’évolution ne connait pas de marche arrière.

  1. Je te lis, Capitaine, et je souffre avec toi. J’aimerais tant t’aider. Je ne sais pas. Je ne comprends pas… tout. Je t’embrasse en tout cas ! Fort.

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  2. Et moi au contraire je te comprends tellement ! Comment s’en sortir vraiment.. Tout serait plus simple s’il s’agissait d’un vaccin qui apaiserait nos maux et effacerait nos mauvaises pensées ! Mais ce n’est pas le cas.. Tout n’est que question de volonté, peut-être un peu accompagnée de la tension qui pèse sur nos épaules et dont on voudrait se débarasser (je parle bien évidemment du regard d’autrui, de la relation avec sa famille; et de l’isolement, de la solitude ressentie en permanence vis-à-vis de la maladie..). Ne pense plus, ou détourne tes pensées noires vers des choses plus heureuses, essaie de t’amuser, de voir des gens, de rire, de vivre ! Un bon courage à toi.. Je sais que tu t’en sortiras.

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  3. Hé ho ! Cap’taine ! ton équipage est là !
    je te call demain, après demain, le sur lendemain, le ….(là, je suis coincé la langue française n’a pas le mot. Ou je n’ai pas le niveau linguistique ad-hoc Capitaine 😉
    Je t’embrasse ma fillotte. Fort, très fort

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  4. Mon Cap’taine, mon Cap’taine….je t’ai envoyé un message privé sur le compte FB du petit poids… oui la réponse est en toi, tu l’as, elle est là si prės si proche, il faut juste lui laisser le temps de venir jusqu’à toi, elle attend le bon moment, où tu seras prête vraiment….je voudrais tant te parler longuement, te rassurer et te dire aussi d’une chose dont je suis sure c’est que ta maman t’aime d’un amour si fort qu’elle veut le meilleur pour ses filles et que peut importe tes choix, elle veut juste seulement que tu sois heureuse vraiment parce qu’elle, plus que personne, sait que tu le vaux bien. Et son amour comme son soutien sont indefectibles, inébranlables. Ton moussaillon breton qui pense à toi et t’envoie des cargots de bisous.

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  5. C’est pas encore possible de « monter les marches quatre à quatre ». Du moins tant que tu n’auras pas vraiment récupéré. C’est terriblement frustrant, au pont d’en vouloir parfois à la terre entière, mais il faudrait sans doute que tu acceptes l’idée que ça te prendra encore du temps. Un jour prochain, toutes ces questions qui tournent en boucle dans ta tête auront leur réponse ou, à défaut, parce qu’on n’a pas toujours toutes les réponses, elles n’auront tout simplement plus la même importance. Un jour prochain tu passeras à autre chose et tu seras enfin ce que tu veux être. Tu ne sauras pas nécessairement pourquoi ni comment tu y es parvenue. Ce sera arrivé, et ce sera bien crois moi.
    Surtout pour une si jolie fille comme toi.

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  6. Hola je n ai pas tout lu, je me suis arrêtée trop tot…ce message m attriste, mais je suis sure que tu es sur la bonne route, il y a des chemins sinueux et d autres qui vont tout droit, certains sont facile a emprunter d autres vous perde à n en plus finir. Mais je crois que chacun a en soi une boussole, ou, pour être plus moderne un gps, le tout est de vouloir et savoir l utiliser. Je t envoie toutes mes pensées

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  7. Viens nous écrire plus souvent. Ta prose je l’aime et j’ai besoin de la lire. C’est important pour moi et d’autres.Alors ne nous laisse pas tomber viens nous raconter de belles histoires, ton histoire.. Baiser tout doux

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  8. Chère Alexia, ce que tu écris me rappelle tellement ce que j’ai vécu il y a encore un mois. Je peux t’assurer par expérience que ça ira mieux. Tu as du l’entendre des centaines de fois mais il y a des hauts et des bas et là tu te trouves à un bas très profond mais tu t’en sortira je te l’assure! Comme tu le dis tu va rebondir : ) La motivation va revenir petit à petit, ne t’inquiète pas. Essaye de t’amuser, regarde un film, lis, moi c’est ce que je faisais pour m’échapper un peu de la réalité. Surtout n’oublie pas, tu n’es pas seule, tes proches sont là pour t’aider. Continue à écrire aussi, c’est vraiment super ce que tu fais, tu es vraiment courageuse, n’abandonne pas le combat! Je te soutiens de tout mon coeur!
    Grosse bise,
    D.

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