Lettres à Dieu…


Dieu,

Bonjour Grand Maître de l’univers.

Je t’écris aujourd’hui. Comme Oscar*. Je te préviens d’avance, je ne crois pas en toi… Je suis même convaincue que tu n’existes pas. Tant mieux, comme ça tu ne me jugeras pas. Je pourrai tout te dire, sans appréhension, ni crainte. La Vérité toute crue. Naturlish, sans matière grasse s’iou’plé !
Et voilà. C’est ainsi que commence le récit de ma vie. Un peu stupide non ? Une lettre à Dieu… Comme si toi, plus que quelqu’un d’autre allait me comprendre davantage. Je ne sais pas si tu y es pour quoi que ce soit, mais saches qu’à) ce jour, cela fait (30+31+23+28+23+10+31+8) = 184 jours que je traîne dans les hôpitaux. 184 jours sur mes quinze ans de vie. 184 jours sur 5475. Impressionnant, pas vrai ?! Et franchement, me dire que de là-haut t’y es peut-être pour quelque chose dans toute cette histoire, que c’est maybe ta faute et bin ça me décharge un peu, et me déculpabilise complètement. Alors, voilà, je te propose un marché… Je t’écris un peu tous les jours, et ainsi crois UN PETIT PEU en toi, et en échange on dit que c’est UN PETIT PEU de ta faute toutes ces merdes qui m’arrivent. Ok ? Ca te va ? Parce que si c’est vraiment ça, les boulettes, tu les as drôlement enchaînées ! Un cancer, une dépression, une séparation, un déménagement, trois ans d’anorexie, une nouvelle dépression. T’avais peut-être beaucoup de boulot. C’est peut-être statistiquement prouvable : les français, heu, non le monde entier a déprimé ces quinze dernières années. Ma théorie n’est pas impossible ! En tous les cas, ça expliquerait bien des choses. Je ne sais pas trop comment tu veux qu’on fasse. Je te raconte mes journées comme une ado de quinze ans se confirait et écrirait dans son journal intime ? (Un peu ridicule, pas vrai ?) Mais à ta place, je ne trouverais pas ça franchement cool de savoir qu’à sept heures cinquante-huit je me suis réveillée, suis allée aux toilettes et cætera… Ca te gonflerait pas vrai ? Je me doute bien. Trouvons un autre système. Quelque chose qui te donne envie tous les soirs de venir me lire, emmitouflé sous ta couette, ou alors dans le métro… entre deux arrêts de bus ou alors dans un bar à siroter un bon café. Avoue-le tu ne résistes pas à un petit verre de temps en temps Tu vas pas me dire que là-haut c’est tous les jours tout rose. Marie (c’est bien ta femme ?) elle doit te casser les pieds de temps en temps… Entre Marie et Jésus, ça doit pas être la fête tous les soirs à la maison. M’enfin, pourquoi la vie serait-elle plus belle là-haut ? Tout le monde pareil, Dieu ou pas Dieu !

Ca va bien t’occuper je sens que ton p’tit Cap’taine vienne t’écrire tous les jours, te raconter les moments biens, les moins biens… J’ai hâte d’entamer cette relation avec toi… T’en fais pas Marie n’en sauras rien. Ce sera notre petit secret à toi et moi ! Tenus par le secret divin ! Alors ? Tenté ?

Première difficulté rencontrée. Je suis face à mon plateau, dans ma chambre toute seule devant mon mur. Personne pour m’aider, pour m’épauler je ne veux pas subsister, il faut absolument résister, tenir bon face à la tentation de tout abandonner… Mais toi tu es là, je ne peux pas appeler ma Maman et lui pleurer mes peines, au lieu de ça je viens te causer. Je suis triste, en colère, énervée. Mes mains tremblent. L’heure du repas approche. J’ai peur, de manger, de ne pas y arriver. Je reste tétanisée. Angoissée de ne pas faire les choses comme il faut, dans le bon ordre… J’aimerais tant te conter ce que je ressens au moment fatidique, l’heure du repas. Faisons quelques Sudoku pour détourner mon attention de ce plat qui est devant moi. Haricots, escalope de dinde. Fastoche tu te dis, pas vrai ? Mais qu’importe le plat, le simple fait de manger, c’est insurmontable, impensable. Mais, j’y arrive, je mange, je ressens même cette faim. Les petits poids ne m’auront pas. La fin des haricots approche à grands pas !

Salut Dieu,

Ca va aujourd’hui ? L’heure du repas a sonné… Comment vais-je gérer ? Mes mains tremblent, j’ai peur, j’angoisse, je stresse… BIEN SUR ! Je m’accroche, c’est dur, très dur, mais je cramponne. Parole d’honneur.

Coucou ! Ne m’en veux pas s’il te plaît de ne pas t’avoir écrit plus tôt… Là, j’ai vraiment juste besoin de parler, de parler à quelqu’un, à toi. Quelqu’un qui ne me jugera pas, qui ne pensera rien de ce que j’écris, de comment je survis. Et je sais que, toi, quoi que tu penses, je n’en saurai jamais rien. Je ressens cette incroyable frustration qui se transforme en colère qui me donne l’horrible envie de me révolter contre moi-même et si je le pouvais… sûrement contre le monde entier !!! Ah, satanée moi ! Qu’est-ce que je me fais souffrir. Je m’épuise. Je me crève, je meurs à petit feu. Doucement, mais sûrement. Il faut que je m’arrête. T’écrire, te faire lire me fera peut-être un peu de bien. Je sais bien que tu peux tout voir de là-haut mais t’écrire un peu me fera sans doute du bien.

J’étais pressée de tout lui raconter, j’avais envie de partager. Je voulais entendre sa voix, lui faire part de ma joie. Par téléphone. Quinze petites minutes seulement. 06-**-**-**-**. Une fois, deux fois, trois fois. Rien, silence radio. Un message laissé, un deuxième, puis trois. M’ignore-t-elle ? L’angoisse totale ! Comment ? Maman ne s’est pas arrêtée de vivre pour moi, pour notre quart d’heure pour ce petit moment à nous deux. J’ai du mal à respirer, je suis terrifiée et me sens oppressée. J’aurais tant voulu lui parler. Tout lui raconter, l’entendre être fière. J’ai du me contenter de « Bonjour vous êtes bien sur le répondeur d’Antonia Savey, je ne suis pas disponible pour le moment, mais laissez moi un message et je vous rappellerai dès que possible, à très bientôt ! ». Frustration terrible !

* Oscar et la dame en rose – Eric Emmanuel Schmidt

– SUITE –

Coucou ! Oups ! Je suis incorrigible. Deux jours sans donner la moindre nouvelle, le moindre signe de vie. J’espère que de tout là-haut tu ne m’en voudra pas trop… Dieu peut-il être fâchée, en colère ? Ah oui, c’est quand tu joue au belle, que tu fais du tonnerre ! Bref, tout ce blablabla pour te dire que je m’en veux grandement de m’être faite passer pour morte. Ce qui n’est bien sûr pas le cas, puisqu’aujourd’hui, je reviens vers toi ! Je t’assure pourtant que le moral tient bon. La motivation est toujours bien là. Je ne baisse pas si facilement les bras moi ! Mais, je l’avoue, j’aurais du venir t’écrire parce que durant ces deux jours d’absence, la vie n’était pas très rayonnante. Je ne sais même pas si l’on peut appeler cela la vie.Je ne vais pas quand même tout te raconter en détail, je me doute que t’as pas raté un épisode de là-haut. Pour faire bref : J’avais pris cinq cent grammes, puis ai été récompensée (j’ai eu le droit de manger avec les autres, de participer aux ateliers, d’avoir mes affaires de peinture…). Et ces quelques grammes de repris… ENVOLÉS en trois jours. Alors tout ma été de nouveau confisqué ! Ahhhhhh 😦  Comment je me sens ? Nulle, bête, grosse et moche. Ah, t’as voulu t’as eu ! Plus sérieusement, là, ça va un petit peu mieux, mais la perte de ces cinq cent grammes ma mis un sacré coup au moral. La prise de poids en début de semaine me donnait accès à tellement de récompenses. Tu ne me jugera pas si je te confie un petit secret…? J’ai fait des bêtises, que je regrette. Avec cette maladie, on regrette beaucoup de choses. Alors voilà, ce poids pris, puis perdu, puis repris, c’est du faux poids. Je n’allais pas aux toilettes avant les pesées. Je ne sais pas si ça pèse si lourd que ça mais quoi qu’il en soit, j’ai pris une grande décision !!! Tu vas être fier de moi. J’ai décidé que demain, j’arrêtais tout cela. Que j’irai sagement aux toilettes avant de monter sur la balance. Let’s go, et faisons un pacte, juste entre toi et moi, OK ? Maintenant, je me dois de tenir bon, parole d’honneur cher Monsieur ! Mais je suis super forte, ça tu ne me l’enlèveras pas !

http://www.aufeminin.com/societe/anorexie-ce-n-est-pas-un-jeu-c-est-votre-vie-video-s8736.html

D’U understand now ?


12 réflexions sur “Lettres à Dieu…

  1. Salut, capitaine ! De la contrée d’où je viens, on dit ceci: « entendre l’appel, c’est y repondre me voici ! » Donc, me voici ! Votre appel m’est parvenu par l’intermédiaire d’un être humain qui s’appelle Emmanuel Gadenne. Je l’aime bien, parce qu’il aime les gens, et aimer les gens, c’est fondamental. Or, des gens, il y en a des toutes les couleurs, des grands, des petits, des joyeux, des tristes, des sympas et des pas sympas (si si !) Ah, zut ! Je m’égare ! j’oublais de vous dire d’où je parle, et qui je suis… Je parle du côté du cœur, et je peux être n’importe qui, vraiment. Vous dites avoir besoin de soutien, mais nous avons tous besoin d’être soutenus, sauf ceux qui s’appellent « les grandes personnes » (ce qui ne les empêche pas de pleurer en cachette). Ceux-là croient que ne pas demander d’aide est un signe de force, que seuls les faibles demandent de l’aide. Moi, je pense au contraire que demander de l’aide, dire sa tristesse, sa solitude, sa souffrance, c’est la preuve d’une grande, d’une immense force intérieure. Tout ça pour vous dire que j’ai admire votre courage, et votre sincérité, et aussi votre irrévérence 😉 C’est bien de se bagarrer avec D.ieu ! Chère capitaine, comment voulez-vous être soutenue ? Comment puis-je vous soutenir ? Je ne suis ni grande, ni puissante, mais je sais la Puissance de la Vie et la miséricorde de Celui qui parte à travers le silence. J’attends votre réponse, et me permets de vous embrasser sur les deux joues ! 🙂

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  2. Je ne suis pas d accord avec ce sujet pour moi c est du pur mensonge .( c est plus de la philo ).Honte a vous les braises de l enfer vous attendent .

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  3. Si Dieu existe il sera seul juge de pardonner ou pas ! En attendant l’appeler à l’aide à l’écoute n’est pas un blasphème ! N’est ce pas son rôle ? Peu importe. P’tit Cap’tain, tu ne seras pas seule dans les abîmes de l’enfer 😉 je te suivrai avec grand plaisir, mais attention faut continuer ton beau combat pour la vie.

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  4. Bonjour, Bonsoir,
    Je ne raconterais pas vie pour expliquer comment je suis tombée sur ce site internet et plus précisément sur cet article.
    Mais sache que sujette a des crises d’angoisses fréquentes, cet article m’a changé les idées et m’a rappelé que d’autres personnes mène des combats plus merdeux que les miens.
    J’espère pour toi que le tiens touche à la fin. Je vais de ce pas lire tes autres textes, récits, ou articles, je ne sais pas vraiment quel nom donné à ce que tu écris. Mais je suis déjà fan !
    Comment ca se fait que ca ne soit pas plus connus que ca ?! Mais bon, souvent la discrétion c’est mieux.
    J’ai laissé mon adresse mail, si tu veux me parlé c’est avec grand plaisir que je te répondrais.
    J’apprécierais vraiment de te connaitre d’avantage, et je t’encourage dans tes écris qui sont tous simplement : UNIQUE !
    Fait pas gaf aux quelques critiques que j’ai cru apercevoir dans les commentaires , c’est tout simplement puéril !
    Sur ce, je vais continuer de te lire.
    Un bon courage à toi, en espérant qu’il y aura suite à ce commentaire de ta part, ce serait avec plaisir.
    Christina

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    1. Bonsoir chère Christina et surtout bienvenue dans mon univers !! J’espère que celui-ci te plait. J’aimerais beaucoup que tu me racontes comment tu es tombée sur mon blog… Ton soutien me donne la banane! Quant à tes crises d’angoisses, ne t’en fais pas. Tout cela dure peut-être depuis longtemps, mais pour moi, rien n’est incurable, surtout pas ce type de maladies psychologiques. Alors… Courage courage courage. Rien n’est simple, tout n’est pas gagné, la vie n’est pas toujours très facile, mais en s’accrochant, et avec un petit peu de volonté, je te promets que l’on atteint ses objectifs. Patience !
      C’est vrai que mon blog n’est pas très connu à mon grand désespoir! Quoi qu’il en soit, tu es, si tu le veux bien, conviée sur notre navire! Attention ! Invitation exceptionnelle du p´tit cap´taine !! N’hésite surtout pas à relayer, à faire tourner, à partager !!
      Bisous
      Alexia

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