Prénom : Anorexie. Nom : Mentale. [Note 1]


 » Mais elle n’a qu’à se remettre à manger ta fille !  »
Souvent je l’entends cette phrase depuis 3 ans.

Alors souvent depuis 3 ans je ressasse : « Dans anorexie mentale, on oublie souvent le mot mentale ».

Certes l’alimentation ou plutôt la diminution progressive d’alimentation et sa conséquence physique, l’amaigrissement excessif, sont les premières conséquences visibles de cette maladie. D’ailleurs souvent, comme une partie immergée de l’iceberg, le spectateur mal à l’aise ne s’arrêtera qu’à ces formes anguleuses qui partout d’un corps dépassent. Et détournera les yeux le premier en se demandant ce qui peut bien débloquer dans la tête d’une gamine de 15 ans pour se priver d’un acte aussi naturel que manger.

Se priver de certains aliments, et progressivement de presque tous aliments, jusqu’à dérégler ses fonctions vitales, mettre son organisme en danger, au péril de sa vie. Ne plus se voir dans son miroir intérieur telle qu’elle est, osseuse grise cadavérique, mais telle qu’elle s’imagine. Ou plutôt telle que cette voix intruse, parasite, résonnant dans son esprit, lui dépeint son corps. Image déformée, élargie, aplatie, grossie. Jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’irraisonnable, jusqu’à l’inconcevable.

Quelle voix ? Mais celle de son double pervers, insidieux et manipulateur.
A la fois sa propre voix, et celle d’une parfaite et inquiétante inconnue.
Prénom : Anorexie
Nom : Mentale
Fonction : Détruire la vie

Et immanquablement, le regard apitoyé du témoin sur la fille (plus rarement le garçon) glissera réprobateur sur la mère. Indigne et mauvaise forcément, la mère qui laisse son enfant se mettre dans un état pareil sans réagir, sans intervenir, sans la forcer à se nourrir.

Elle ne voit pas, cette mère, la maigreur inquiétante, dérangeante, de cette pauvre gosse. Faut il qu’elle soit aveugle, inconsciente et irresponsable. Franchement, Madame, c’est criminel de laisser faire ça ! A sa place, on sait très bien ce qu’on ferait. Et d’abord commencer par secouer cette gamine capricieuse, épaisse comme un clou, maigre comme un coton-tige, qui s’imagine sûrement ressembler à ces actrices, ces mannequins, ces peoples des magazines en s’affamant stupidement.
Et puis, qu’est ce qu’elle attend, cette mère, pour l’emmener dans un hôpital, un établissement, une structure ? N’importe où, où elle sera prise en charge par des personnes plus compétentes qu’elle. Un médecin, un pédiatre, un psy-chiatre-cologue-canalyste… Mais n’importe qui de compétent ! Elle évidemment qui croit pouvoir tout résoudre seule, cette orgueilleuse, imbue de son expérience maternelle et bornée. N’importe où, où cette pov’ gosse sera enfin correctement encadrée, soignée, nourrie, écoutée, comprise. Sauvée de l’emprise nuisible de sa mère. Mais surtout, n’importe où, où elle ne nous piquera plus les yeux avec sa maigreur maladive, où elle ne dérangera plus notre bonne conscience toute propre et irréprochable de proches ou de parents bienveillants et qui savons, nous, ce qu’il faudrait faire pour bien faire.

Elle aimerait, la mère, que ce soit aussi simple. Elle aurait signé depuis longtemps pour cette solution là. Pour n’importe quelle nouvelle solution, idée, suggestion, recommandation qu’elles n’auraient pas déjà tentées, la mère indigne et la fille moribonde.

Face au regard apitoyé, la maman protectrice ne peut que serrer plus fort le bras squelettique de sa petiote, redresser la tête fièrement pour bien montrer que non, elle n’a pas honte d’exhiber cette bête curieuse, de la laisser sortir dans la rue, au lieu de la cacher. Que le premier qui s’avise d’avoir un regard ou une remarque déplacée et blessante, elle le mord.

Et puis, elle soupire et tente de ne pas trop leur en vouloir malgré tout.
Parce qu’ils ne savent pas finalement.
La chance qu’ils ont que leurs enfants soient épargnés par ce genre de maladie mentale.

Maladie mentale. Involontaire donc. Non choisie. Subie.
Par l’enfant. Par sa mère et son père. Par ses frères et soeurs.
L’anorexie mentale est une maladie familiale. Polluante et contaminante. Un virus mortel qui infecte toute une famille, impuissante, déstabilisée, désolidarisée.

Nous sommes tous otages du PetitPoids.


4 réflexions sur “Prénom : Anorexie. Nom : Mentale. [Note 1]

  1. Tous otages d’une maladie polluante et contaminante où il n’y a ni responsables, ni coupables et dans laquelle causes et conséquences finissent par se confondre. Je ne peux que redire ma conviction : Alexia s’en sortira et vous tous avec elle. Confiance et courage.

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  2. C est aussi une certitude que tu vas t en sortir, je n’ai aucun doute… En attendant de te recroiser très très prochainement sur ta trottinette… Tendrement

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  3. Juste un petit mot pour vous soutenir, et vous dire que vos mots sont pures et justes, qu ils méritent le respect, qu’ils sont aussi beaux que ce que je devine en vous .Le Petitpoids ne vaincra pas. Bien à vous.

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