Lettre à mon Second


Aujourd’hui ça ne va pas… Hier, ça n’allait pas… Les choses sont difficiles. Compliquées. Je n’arrive pas à les gérer. Je veux faire, et faire bien, mais la pression est trop grande. Je m’étouffe. Je me mets moi-même ce sac plastique sur la tête qui m’empêche de respirer. Au secours, je me noie. Je perds pied. La barre est bien trop haute. Les objectifs  bien trop grands. La chute : douloureuse. Les conséquences : désastreuses. J’ai peur. Peur d’un tas de choses. La première : de Maman. Je suis effrayée à l’idée de lui parler, et j’espère qu’à travers ces mots qui traduisent mes maux elle comprendra… Elle voudra bien entendre. Je suis tétanisée. Sa réaction, ses douloureuses paroles, sa méchanceté. J’ai mal, mon coeur saigne à chaque parole prononcée par cette grande Dame imposante dont je m’éloigne chaque jour, dont j’ai chaque jour un peu plus peur. Ma Maman qui me terrifie. J’ai honte. Ecrire m’est difficile. Comment va-t-elle réagir suite à ces paroles, à ce texte, face à mes douloureux maux… Mais je dois m’ouvrir. Laisser parler mon coeur comme je le fais toujours. 

Maman, mon précieux Second, 

J’ai réuni mon courage, assemblé mes forces pour te dire les choses qui suivent. J’ai peur que tu m’en veuilles, j’ai peur de te blesser, de te faire mal comme tu as pu me faire mal. Je ne veux pas que tu souffres, je ne veux pas te causer du tort. J’ai pourtant si peur que tu m’abandonnes, me laisse comme un navire sans vie perdu au beau milieu de l’océan. Mais voilà. Je dois me soulager de tout ce qui pèse sur mon petit coeur bien trop frêle. La pression que tu me mets est bien trop grande. Je ne la supporte pas. J’ai peur de toi. J’ai besoin que l’on soit tendre, gentil, doux, aimant avec moi, et tout ce que tu fais me fait beaucoup de mal. Je t’aime tellement trop pour subir tant de haine. Je voudrais comme toi, que les choses aillent vite, que les choses avancent, que l’anorexie s’en aille aussi vite qu’elle est venue, que tous mes maux disparaissent, que la souffrance se dissipe, que tout le tort que je vous cause s’estompe pour s’envoler, se perde dans la houle, s’échoue sur une plage abandonnée. Mais tu sais bien mieux que moi que je suis la seule à pouvoir faire changer les choses. Mais tu sais tout aussi bien que moi que je ne peux bousculer les choses. Je n’y parviens pas sous toute cette pression que tu m’infliges en me brusquant. Je sais que tu  n’en peux plus, que tu ne supportes plus cette situation que je t’inflige, à toi, et à vous trois. Mais j’espère que tu n’oublies jamais que je fais toujours de mon mieux pour être à la hauteur de vos exigences. J’y parviens parfois mieux que d’autres. Et il m’arrive d’échouer, de commettre des erreurs mais sache que j’essaie toujours de faire tout mon possible pour ne jamais te décevoir. Je voudrais tellement que tu sois fière de moi. J’aimerais tellement satisfaire toutes tes envies. J’aimerais tellement être à la hauteur de toutes tes attentes… J’aurai l’impression que tu m’aimes plus. J’aurai le sentiment que tu es fière de moi, que je ne te déçois pas une fois de plus. Je ne sais même pas si tu vas comprendre les choses que je te dis là. Je ne sais même pas si tu vas bien vouloir les entendre. Encore une fois j’ai très peur. J’aurais préféré parler de vive voix avec toi, mais tu sais que je suis beaucoup trop faible pour cela. Je ne suis pas assez courageuse. Je me serais effondrée plus rapidement qu’un château de carte à l’approche d’un coup de vent. Plus fort qu’une feuille d’automne tourbillonnant dans les airs. 

Je t’aime Maman. Si fort. Tellement fort. Plus haut que la tour Eiffel, plus loin que l’envolée des hirondelles… J’aimerais tant trop de choses que je ne parviens pas à réaliser pour te satisfaire… Je voudrais te voir heureuse, te sentir fière. Ton bonheur passe bien avant le mien. Je voudrais me confondre en excuse pour tout ce que je viens de te dire. Je voudrais que tu me pardonnes de ne pas être à la hauteur de tes attentes. Je voudrais que tu ne m’en veuilles pas. Je voudrais guérir pour que tout aille mieux à la maison. Je voudrais… Je voudrais… Tant de choses, trop de choses. Je n’ai pas la force de te promettre quoique ce soit. Pardonnes-moi. Mille millions de fois… 

A très vite mon fidèle second… 

Je t’aime toujours un peu plus… 

Pardon. 

 


4 réflexions sur “Lettre à mon Second

  1. Comme je comprends tout ce que je ressens, je l’ai vécu.. Et sache que c’est déjà un énorme effort à mes yeux que tu parviennes à écrire tout ce que tu ressens, je n’en avais même pas le cran et je me sentais terriblement seule, et malheureusement incomprise… Tout ça pour te dire que j’ai également subis la pression que tu évoques ici, je me suis sentie brusquée par ma famille, et notamment par ma mère face à cette terrible maladie. Et je la comprenais malgré le stress que je ressentais devant ce dilemme. Mais je crois qu’aucune autre réaction de leur part ne conviendrait tu ne penses pas ? Il faut savoir se mettre à leur place, après tout, il est normal qu’elle veuille que tu t’en sorte le plus vite possible, si elle te laissait progresser vers la voie de la guérison en étant toujours douce, crois-moi, malgré tout ce que l’on peut penser (parce que j’ai pensé et voulu que la solution se passe ainsi aussi), tu n’évolueras peut-être jamais: tu seras toujours bloquée dans une sorte de cercle vicieux ou tes restrictions envers toi-même, et ton envie de vivre n’en finiront plus, tu me comprends ? Ne laisse pas l’anorexie gagner surtout, il faut moins penser, moins se prendre la tête et je sais ô combien il est plus facile de le dire que de le faire… Je vais arrêter d’écrire ici parce que je ne possède malheureusement pas ton talent pour l’écriture et n’arrive, par conséquent, pas à trouver les mots justes pour décrire tout ce que l’on peut ressentir. Autrement dit, je ne sais pas si j’arrive à me faire comprendre tout simplement, mais sache qu’à l’inverse, tout ce que tu vis, je m’en souviens parfaitement. Je te souhaite simplement un bon courage, en espérant t’avoir un peu réconforter dans ton isolement et dans toutes tes petites pensées troublantes dans lesquelles tu te réfugies..

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  2. C’est bien que tu puisses écrire cela à Antonia. Cela lui fera peut être mal, mais toute mère préfèrera entendre ces mots, plutôt que ne plus rien entendre du tout, tu ne crois pas ? Et cela te permet aussi de clarifier ce que tu ressens sans doute !

    Mais il faut quand même que je te dise qu’en tant que maman, et comme toutes les mamans, j’aime mes enfants plus que tout au monde ! J’aime mes filles autant l’une et l’autre, mais différemment.
    Parce qu’elles mêmes sont très différentes, le lien qui s’est tissé au fil du temps avec l’une puis l’autre est imprégné de leurs tempéraments respectifs. Aussi, je pense que je ne suis pas la même maman avec chacune d’elles.
    Te lire m’amène à des questionnements sur ma relation avec mes filles.
    Je me rends compte que je suis beaucoup plus dure, exigeante, voire intransigeante avec l’une, et qu’elle-même induit un lien plus froid : elle n’est pas très câline, pas très à l’aise avec les mots tendres, très indépendante, à la fois forte, intelligente, exigeante, discrète, perfectionniste, douce, inquiète… et si fragile ! Je me dois d’être là pour elle, même si elle ne laisse pas transparaitre son besoin de tendresse. Elle atteint un âge au cours duquel les choses se compliquent un peu aussi, parfois. Alors nous abordons notre relation de façon un peu différente en ce moment, un peu plus complices… lorsque le temps nous est donné pour le faire. Ce n’est pas toujours facile pour moi de deviner et de répondre à ses attentes, et j’ai peur, parfois qu’elle souffre par ma faute. Pourtant, Dieu sait à quel point je l’aime !
    Avec ma seconde, le lien est beaucoup plus vivant, ludique, câlin, encore très enfantin… Elle n’hésite pas à venir chercher son du sous forme de bisous, de caresses et de mots doux ! Notre relation est plus simple, parce que même s’il lui arrive d’être inquiète, il lui suffit d’un baiser accompagné d’un « je t’aime » pour voir son sourire réapparaître, et la voir s’en aller en sautillant.

    Voilà, un regard bienveillant porté par une mère sur ses enfants. L’amour est immense, sans limite. Mais la relation ne se tisse qu’avec la tendresse que nous avons au fond de nous, et nos inquiétudes, nos maladresses, notre fatigue parfois, nos incompréhensions, notre besoin de douceur et notre confiance respective. Ce n’est pas toujours facile de se comprendre, même entre une mère et ses propres enfants.
    Aie confiance Alex ! Confiance en toi, confiance en ta maman, qui t’aimera toujours, quoi que tu fasses. C’est ainsi. Il n’y a pas de mères parfaites, pas d’enfants parfaits, il n’y a que l’Amour entre les mères et leurs enfants…
    Puissent mes filles en être certaines, toujours !
    Je t’embrasse

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  3. Ah oui, et je voulais dire aussi que dans cette lettre, tu fais une très belle déclaration d’amour à ta maman ! Et tes mots suffisent. Nul besoin de lui offrir ta chair et ton sang !!!

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