Let Her Go…


Mes chers Moussaillons,

Je m’excuse avant toute chose auprès de vous. Pardon de ne pas avoir écrit, de ne rien avoir écrit. J’étais pourtant si mal. J’ai pourtant tant souffert. Si profondément. La blessure est encore béante, grande ouverte. Les idées noires encore si présentes, ALERTE ! Je n’ai pourtant pas su tirer la sonnette d’alarme à temps. Je n’ai pas pu appeler au secours, à votre secours. A l’aide si précieusement inébranlable de vous tous et de chacun d’entre vous, mes moussaillons. L’orage, la tempête, le tsunami a été si violent. Perturbant. Impossible pour moi de me tirer de mon mal-être, de résister à mon stress, de faire face à mes angoisses, pire, de lutter à mon irréstistible envie de sauter par la fenêtre, de me jeter du sixième étage. De tout abandonner, laisser ma vie derrière moi. Tellement facile. Tellement rapide. Incroyablement tentant. Agrippée à la barrière de la terrasse. M’imaginant mettre un pied, les deux. Je pleure. Je saute. Chute terriblement longue. Douloureusement apaisante. Une bouffée de soulagement, un nouveau souffle. Je revis en mourant. Je renais de mes cendres pour m’abandonner, m’écraser sur ce goudron. Même pas mal. Je ne ressens plus rien. Soulagement. Je l’ai tant attendue. Cette fin, ma mort.

Steph a tout juste le temps de m’arracher de mes agréablement douloureuses pensées et me porter jusque dans ma chambre. Je pleure. M’effondre. J’ai honte. Je veux que l’on me laisse tranquille. « Je veux juste mourir » voilà ce que j’ai la force de lui dire. Je reste devant ma fenêtre. Il reste dans ma chambre. Me surveille. Il ne me prend pas au sérieux. Ne me crois pas. Mais moi, j’ai mal, pour de vrai. Je souffre vraiment. Les larmes coulent, roulent, glissent sur mes joues avant de s’écraser violemment sur le carrelage. Les larmes tombent lourdement. Aussi légère que mes larmes, je me revois sauter, parcourant un long chemin, je m’écroule sur le sol. Je rêve. Ferme les yeux. Je dois me punir, payer pour ce que j’ai fait. Je me blesse les mains. Le sang coule, roule. J’ai délicieusement mal. Je voulais juste qu’on entende ma voix. Je voulais juste que mes décisions soient entendues. Tombée loin, très loin, profondément dans un puits, ma parole aussi s’éclate violemment par terre. Je me renferme, incapable de réaliser que leur opposition me sera bénéfique. Incapable d’ouvrir les yeux. Mes yeux d’or fermés, renfermés. Leur vision est trop troublée. Complètement perturbée. Ebranlée. Comme moi. Je suis secouée. Je dois me ressaisir. J’attends que l’orage passe. J’attends que les nuages s’effacent. Que le mal-être se dissipe dans mon brouillard incroyablement épais. Je sors doucement de ma tanière, prends sur moi et regagne le salon. Des sons douloureux sortent de ma bouche. Parler me fait mal. Parler me coûte. Mais je le fais quand même. Je plaisante, fais des blagues. Combat ce que la voix me dit. MA voix qui me hurle de me taire. De me renfermer comme une coquille Saint-Jacques pêchée dans les eaux profondes. Mais je lutte. Je me bats. Personne ne comprend ce qu’il s’est passé. Pas même moi. encore moins moi.  Mais maintenant je suis bien. Du moins moins mal. C’est si dur, tout est si dur. Je vais me coucher, un peu plus sereinement. Mais honteuse. Honteuse de ce que je leur ai fait. En écrivant, je réalise que je devrais avoir honte de ce que je ME suis fait. Je n’arrive pas à me révolter contre le Petit Poids. A lui en vouloir, à vouloir le massacrer. Je souffre. Douloureusement. Silencieusement bruyamment. J’ai mal.

Je me réveille paisiblement. Mes maux se sont estompés. Bizarrement atténués. Je passe une journée avec zéro moments « pas bien ». Pas un. Je suis même très positive. L’envie de me battre est revenue. Elle était déjà là hier. Mais d’autant plus présente ce matin. Je profite de mon rendez-vous chez le psy pour recharger mes batteries et aller bien au moins jusqu’à la prochaine séance. Je suis faiblement forte. Mais, je vais à peu près bien. Et ce matin, je « veux juste être heureuse ». Voilà ce que je dis à Maman. Maman qui me témoigne, me confie ses souffrances passées. Parler avec elle me fait du bien. Et du mal. Parce que ses maux sont très douloureux et ses mots très puissants. Elle est incroyablement forte ma Maman. Elle ‘ma fait réaliser que je ne POUVAIS abandonner. Parce que Papa, lui, n’a pas eu le choix. Lui a compté les jours qu’ils lui restaient à voir les jolis yeux de ses deux merveilleuses filles. Lui a compté chaque jour qu’ils lui restaient avant de perdre son amour. Lui a eu mal. Pour de vrai. Emporté par ce foutu cancer. Même pas comparable au Petit Poids. Ce monstre a tout emporté sur son passage. Mon bonheur y compris. Ma vie y compris. Tout a commencé à cause de lui….

Moussaillon, je te conterai cette histoire une prochaine fois. Merci pour ton attentive lecture. Les moments « pas bien » n’ont pas encore pointé le bout de leur nez… Allez, il faut que ça dure. Je veux être heureuse. Je veux vivre. Je veux me battre. Pour Papa, pour Maman, Steph, Betty, vous tous mes chers Moussaillons je vais me battre et combattre cet impitoyable Petit Poids.

A très vite pour les Aventures d’Alexia et de son Petit Poids…

P.S :  Voici une jolie chanson que ma soeur. Ma soeur que j’aime par dessus tout m’a faite découvrir. Je vais me battre sur ces mots, ces paroles, cette mélodie…


15 réflexions sur “Let Her Go…

  1. La violente tempête est passée. Tu es de nouveau sur la passerelle et c’est bien là l’essentiel pour ton équipage. Je t’en remercie.
    Mais dis donc, il me semble que tu traînes une charrette déjà bien lourde, bien trop lourde à ton âge sauf le respect que je te dois, Capitaine. Il faudrait peut-être songer à jeter l’inutile, l’encombrant, à commencer par les idées reçues, pour ne garder que l’essentiel : les plus beaux de tes souvenirs par exemple. Tu as commencé mais ce n’est pas facile de faire le tri, pas vrai ?
    Je suis sûr que tu as le cran pour faire ce chemin. D’ailleurs comme je le dis souvent, les filles ont du cran.

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  2. Sois forte Alexia, je sais que tu vas réussir à vaincre cette crotte d’anorexie !
    Je suis de tout cœur avec toi ! Tu es tellement forte que tu vas forcément y arriver…
    Courage ma belle !

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  3. Alexia, si tu savais comme j’aimerais pouvoir etre la, juste a coté de toi, pour pouvoir t’aider un peu plus qu’avec cette distance qui nous separe. Ca n’empeche pas que tu as tout mon soutien, et que je pense fort a toi tout le temps ❤

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  4. Bonsoir ma fillotte,
    Ne lache rien ! Ne leche pas un pouce de terrain à ce truc qui te tire vers le fonds. La vie est belle et merite d’etre vecue. C’est une chance, une opportunité. Elle s’ecrit et se reecrit tous les jours. Non, ne lache rien ! Je t’aime et je t’embrasse.
    PS : moi, j’ai une mega envie de serrer tres fort dans mes bras la jeune fille geniale que tu es.

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  5. Tout baigne, sage Marcus, le ciel est étoilé, la mer lisse, la vigie n’a signalé aucun serpent de mer perfide dissimulé sous les flots paisibles. L’équipage peut prendre un peu de repos. Au moins ce soir.

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  6. Très chère Alex,
    J’étais sous le choc en lisant ton post hier soir, et aujourd’hui encore je m’avoue assez désemparée face à ce que tu traverses. Je veux juste, par ce petit message, te signifier ma présence, aussi discrète soit elle !
    Je t’embrasse très fort et j’espère avoir de tes nouvelles très vite.

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    1. Anne,
      Ton soutien me va droit au coeur… Merci mille fois pour ta présence qui, à mes yeux, est gigantesque !
      Je t’embrasse très très fort, et espère te recroiser très vite sur mon navire Moussaillon !!
      Mille bisous…

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  7. Profitons de cette escale et de ce temps de repos pour régler quelques questions d’intendance, dont tu auras je l’espère, Chère Capitaine, tous les détails à partir de mardi. 🙂

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